Le déchet de tonte, qui foisonne au printemps, n'est pas le genre de déchet vert à se laisser décomposer facilement. Mis en tas, il fermente, putréfie et concocte une bouillie malodorante à faire fuir un putois. Pour autant, cette ressource peut être valorisée dans le tas de compost pour y faire avantageusement monter la température. Caliente !
La pelouse et le mouton ont ceci de commun qu'ils se font régulièrement tondre. La comparaison s'arrête ici puisque l'on a rarement vu des pulls tricotés en résidus de tonte. Et si la laine est une matière à haute valeur ajoutée dont on fait des chaussettes, l'herbe coupée reste un encombrant rémanent difficile à valoriser. Pourtant, il s'agit aussi d'une ressource apte à sortir n'importe quel tas de compost de sa léthargie et de lui donner, par là même, quelques lettres de noblesse.
Tasse-toi, tu pues !
La tonte fraîche est composée à plus de 80 % d'eau, 3 à 4 % d'azote et affiche un rapport carbone/azote (C/N) de 10 à 15. Broyée mécaniquement par la tondeuse en brins courts et homogènes, elle se tasse rapidement en couches compactes qui excluent l'air et créent des conditions anaérobies. Sans oxygène, les bactéries produisent du méthane et des acides organiques, et le tas vire à la fermentation malodorante plutôt qu'au compostage.
Une vertueuse fournaise
Mais ces inconvénients deviennent des avantages lorsque la tonte fraîche est mélangée aux matières carbonées d'un tas de compost en perte de vitesse. Son adjonction y ravive l'activité bactérienne et sa température peut alors allégrement dépasser les 65 °C. Aussitôt, la décomposition s'accélère, les pathogènes végétaux sont détruits et les graines d'adventices perdent leur pouvoir germinatif.
Les travailleurs du froid…
Dès l'incorporation des tontes, les bactéries mésophiles et autres champignons coriaces colonisent massivement la nouvelle matière dont elles consomment en priorité les molécules les plus accessibles : sucres, acides aminés, amidon. Leur activité métabolique produit de la chaleur par réaction exothermique. En quelques jours, voire quelques heures, le cœur du tas atteint 35 à 40 °C. Les mésophiles ont alors surchauffé leur propre milieu, et s'y éteignent.
… et les travailleuses du chaud
C'est le signal d'embauche d'une seconde équipe, autrement résistante : les bactéries thermophiles, capables de travailler entre 50 et 70 °C. Elles s'attaquent aux molécules restantes : cellulose, hémicellulose, protéines complexes… Le compostage entre alors dans une phase de décomposition fulgurante, avant que, au bout de quelques jours ou semaines, selon le volume du tas et sa composition, la maturation tiède puis froide ne reprenne le dessus. C'est alors qu'un brassage général du tas permet de réoxygéner la masse, de redistribuer les matières périphériques vers le cœur et de provoquer une deuxième montée en température, et parfois trois ou quatre.
Les trois mamelles du compostage à chaud
Veillez à l'équilibre des matières en mélangeant scrupuleusement les tontes au reste du tas, afin d'obtenir un rapport carbone/azote équilibré, entre 25 et 30. L'humidité doit être constante mais sans excès. Ça tombe bien, la tonte fraîche en contient beaucoup, mais vous pouvez accélérer le processus en arrosant le tas au départ. Attention toutefois, au-delà de 65 % d'humidité, le tas bascule en anaérobie putréfiante. Enfin, soyez généreux dans vos apports. Un tas inférieur à un mètre cube perd sa chaleur par les flancs plus vite qu'il n'en produit. C'est le seuil minimal pour espérer une phase thermophile franche. En revanche, il n'y a pas de volume maximal : plus le tas est volumineux, plus la chaleur perdure.
De l'énergie à revendre
On peut, par le biais de bricolages savants, récupérer la chaleur générée au cœur du tas de compost, pour chauffer une serre ou produire de l'eau chaude.


