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La taille des aubergines, tôt ou tard, un mal nécessaire

La taille de l'aubergine est un moyen de limiter le nombre de fruits portés par la plante, afin qu'elle concentre son énergie à faire grossir ceux qu'on veut bien lui laisser. La saison est en effet trop courte pour qu'un pied puisse mener à maturité tous les fruits qu'il fait naître durant l'été. La taille, vous n'y couperez pas !

L'aubergine n'est pas d'origine française et c'est manifeste. Sous notre pâle climat tempéré, elle peine à montrer sa grande générosité, car la saison chaude est bien trop courte. Elle manque cruellement de soleil et de chaleur pour fructifier à son aise. C'est pourquoi il faut se résoudre à restreindre ce vigoureux buisson, afin qu'il ne gaspille pas son énergie à produire des fruits qu'il ne pourra pas faire grossir. Consolation, les fruits éliminés pourront toujours être recyclés en jolis petits émojis.

Un naturel inarrêtable

L'aubergine (Solanum melongena) est originaire des climats tropicaux du sud-est asiatique, où c'est une plante pérenne qui peut atteindre plusieurs mètres de hauteur au fil des ans. Son cycle végétatif est simple : fleurir et produire des fruits quasiment tout au long de l'année grâce à des températures favorables et l'absence de saisons marquées. Elle émet donc naturellement des fleurs sans discontinuer, qu'elle a tout le temps de faire maturer. Sous ce genre de climat, un pied peut allègrement produire 30 à 40 kg de fruits par an.

Un cycle contrarié

On comprend dès lors l'inadaptation de l'aubergine au climat français que le premier gel d'automne tue sans coup férir. C'est d'ailleurs pourquoi nous devons cultiver cette vivace comme une plante annuelle dont on renouvelle les semis tous les ans. Il faut également savoir que sa température optimale de croissance tourne autour de 25 °C le jour et 20 °C la nuit, et qu'elle végète totalement en dessous de 12 °C et au-dessus de 33 °C. Autant dire que par chez nous, la saison de l'aubergine est courte, d'autant plus en cas de canicule estivale. Il ne faut donc garder que le nombre de fruits que la plante sera capable de mener au terme de leur maturation durant ce court laps de temps.

La gourmandise, un vilain défaut

À partir de sa tige principale, l'aubergine se développe rapidement en buisson, formé par les gourmands qui émergent à l'aisselle des feuilles. C'est sur ces tiges secondaires que la plante fleurit et produit ses fruits, tiges qui vont elles-mêmes se ramifier par la suite. Logiquement, la taille consiste d'abord à limiter le nombre de ces gourmands. Selon la région où l'on se trouve, et donc la durée de la saison estivale, on laisse entre trois (dans le Nord) et cinq gourmands (dans le Sud) se développer. On supprime en priorité ceux qui se trouvent à la base de la tige, en éliminant au passage toutes les feuilles abîmées et celles qui touchent le sol.

Moins de fleurs, moins de fruits

L'opération se poursuit avec l'élimination des fleurs en surplus sur les tiges secondaires restantes. Ne laissez pas plus d'une (Nord) à deux fleurs (Sud) sur chacune. Coupez les tiges au-dessus de la feuille située après la dernière fleur. Une fois que vous aurez obtenu le nombre de fleurs voulues, vous n'aurez plus qu'à couper la tige principale au niveau de la tige secondaire la plus haute, afin d'empêcher la plante de continuer à se développer en hauteur.

Surveillance rapprochée

Après cette première taille de mise en forme, l'aubergine va chercher à produire de nouveaux gourmands. Tout au long de l'été, supprimez régulièrement ces nouvelles tiges naissantes, au fur et à mesure de leur apparition, afin de garder le nombre de fruits requis.

La puissance de la greffe

Sur les aubergines greffées, qui sont propulsées par un réseau racinaire vigoureux, on peut laisser jusqu'à quinze ou vingt fleurs car elles sont beaucoup plus productives.

Benoit Charbonneau
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