Jardin

Une association d'intérêt public : l'hémérocalle fauve et le kniphofia

La réussite des associations de fleurs ne passe pas forcément par l'harmonie entre deux teintes complémentaires. Une technique plus subtile consiste à mettre en synergie les formes de fleurs de même couleur. Avec le kniphofia et l'hémérocalle fauve, dont les pétales s'irisent identiquement de jaune et d'orangé, on touche même à la grâce.

C'est le couple star des talus et des buttes que l'on n'aurait pas eu l'idée d'associer de prime abord. Ils sont pourtant parfaitement complémentaires tout en étant très différents. Tison de Satan, consentez-vous à prendre pour époux le lys d'un jour, ici présent, pour le meilleur et seulement le meilleur ? Par les liens sacrés du jardinage, je vous déclare mari et flamme.

À ma gauche…

Parmi les nombreuses espèces et variétés d'hémérocalles, l'hémérocalle fauve (Hemerocallis fulva) ou lys d'un jour est une plante rhizomateuse originaire d'Inde, qui a été acclimatée depuis plus de trois siècles à nos jardins. Ses fleurs inodores, qui s'ouvrent le matin pour faner le soir même, se succèdent sans discontinuer pendant trois semaines. Si l'hémérocalle est particulièrement vigoureuse dans les sols neutres, riches et humides, où elle prolifère jusqu'à en devenir invasive, elle est aussi bien adaptée aux terres calcaires, pauvres et drainantes où elle se tiendra plus sagement. À l'instar de toutes les vivaces, son feuillage disparaît durant l'hiver.

À ma droite…

Le kniphofia (Kniphofia (ou Tritoma) uvaria) est une plante originaire d'Afrique du Sud, également appelée tison de Satan. Rustique jusqu'à -12 °C, il tolère le calcaire et exige un emplacement ensoleillé et un sol drainant sous peine de ne pas fleurir. Ses étonnantes petites fleurs tubulaires, agrégées en longs fourreaux verticaux, s'ouvrent successivement du bas vers le haut du « tison » enflammé. Nectarifères, chacune d'entre elles a une disposition horizontale qui les rend, dans leur pays natal, accessibles aux colibris.

Ton sur ton

En condition sèche et ensoleillée, les fleurs de ces deux plantes apparaissent, critère sine qua non pour la réussite de cette association, en même temps, entre la fin mai et la mi-juin. La trompette de l'un, aux pétales orange et au cœur jaune, se fond parfaitement avec les fourreaux de l'autre dont les fleurs naissent jaunes pour virer ensuite à l'orangé. Leurs feuillages longs et étroits qui se répandent en épaisses touffes d'une quarantaine de centimètres de haut sont eux aussi très semblables et se confondent à l'œil, donnant l'impression qu'une même plante donne deux fleurs différentes, bien que les teintes de vert soient légèrement nuancées.

Des caractéristiques identiques

Exigeants en soleil, résistants à la chaleur et à la sécheresse, d'une rusticité comparable (environ -13 °C), ces deux végétaux sont des compagnons idéaux pour fleurir les talus ingrats ou les massifs en pente légère. Leurs fleurs, nectarifères, attirent à elles papillons, abeilles et autres insectes butineurs. Attention, ces deux plantes ont également la propension à fleurir de moins en moins à mesure que les touffes s'épaississent et nécessitent donc, comme pour les iris, de les diviser de temps en temps. Afin de garantir un sol drainant, ajoutez si besoin au terreau de plantation environ 50 % de pouzzolane ou de gravier.

Benoit Charbonneau
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