Dysmorphophobie : quel est ce trouble dans le miroir ? - Minizap Annecy
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Dysmorphophobie : quel est ce trouble dans le miroir ?

À l'ère de l'omniprésence de l'image, il est parfois difficile de cultiver l'amour de soi. Mais que faire lorsque l'on a une vision déformée de soi-même, et que vivre dans sa peau devient alors une véritable souffrance ?

Quand un défaut physique devient une obsession et entraîne une souffrance quotidienne, on parle de dysmorphophobie. Encore méconnu, ce trouble complexe toucherait jusqu'à 2 % de la population et nécessite une prise en charge adaptée. Nous avons interrogé Paul Chambon, psychologue clinicien en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital Robert Debré à Paris, afin de mieux comprendre les implications de ce trouble et d'envisager des pistes de guérison.

Comment ce trouble se manifeste-t-il ?

La dysmorphophobie se caractérise par une préoccupation obsessionnelle pour un défaut physique mineur ou imaginaire, qui se concentre souvent sur le visage ou une partie spécifique du corps et dont les symptômes se développent graduellement ou soudainement. Les individus peuvent alors passer des heures à fixer leur reflet dans le miroir et à examiner des parties de leur corps. Cette obsession pratiquement compulsive conduit à des rituels excessifs de vérification, de comparaison, souvent alternés avec des tentatives d'évitement ou de camouflage du défaut perçu. Ces pensées et comportements sont difficilement contrôlables. Ce trouble est en outre lié à l'image que l'individu perçoit de lui, mais aussi à celle qu'il pense renvoyer à l'autre : celle-ci étant négative, le jugement d'autrui projeté par le patient le sera également. Les personnes atteintes ne sont pas conscientes d'avoir en fait une apparence normale, et vont se décrire comme difformes, sans attrait, monstrueuses.

Quel est l'impact possible sur le quotidien ?

La dysmorphophobie est associée à différents troubles anxieux, notamment l'anxiété sociale qui peut dans certains cas conduire à un isolement total. Les implications sur la vie de l'individu sont lourdes : préoccupation constante, anticipations anxieuses, évitement, dévalorisation, perte de l'estime de soi, tristesse, épisodes dépressifs caractérisés, mésusage de substances psychoactives, conduites à risques... 80 % des personnes atteintes de dysmorphophobie ont des pensées suicidaires et 25 à 30 % d'entre elles tentent de se suicider. C'est donc un trouble intense et potentiellement invalidant, qui va toucher beaucoup plus de processus psychologiques que la simple préoccupation par rapport à une partie du corps. Les comorbidités rendent par ailleurs le diagnostic complexe.

Connaît-on les raisons qui peuvent causer ce trouble ?

Les facteurs, qui se développent parfois sur plusieurs années, peuvent être biologiques, causés par des anomalies dans certaines zones du cerveau et des déséquilibres chimiques, mais aussi psychologiques, tels qu'une faible estime de soi ou des troubles anxieux. Enfin, les facteurs environnementaux, comme la pression sociale, les normes culturelles concernant l'apparence et les expériences de critiques excessives sur le physique, entendues de manière répétée et durable pendant l'enfance et l'adolescence, ont un impact notable. Bien que ce trouble touche à l'âge adulte autant les femmes que les hommes, on relèvera que les filles sont tout de même souvent plus exposées.

Les réseaux sociaux peuvent-ils jouer un rôle dans son développement ?

Pour maximiser notre temps d'utilisation, les réseaux sociaux ont utilisé les grandes théories de la psychologie sociale, notamment celle de l'influence sociale. Puisque l'être humain a besoin de se sentir validé et valorisé, il va être en recherche de comparaison. En ce sens, les réseaux sociaux ont donc évidemment un lien avec le développement de troubles anxieux, de difficultés concernant la confiance en soi, de préoccupation par rapport à son image… et donc, forcément, de dysmorphophobie. Souvent fondés sur l'image, et particulièrement celle de soi, ils nous conduisent à accorder plus d'importance à notre apparence physique, et donc à trouver et accorder plus d'importance à d'éventuels défauts. Leur utilisation fréquente peut aussi amener à la construction d'un idéal corporel non réaliste. Une étude menée en 2020 en Arabie saoudite montre ainsi que la prévalence de ce trouble est de 4,2 % chez les utilisateurs de réseaux sociaux, soit plus du double de la population générale.

Quelles sont les pistes de guérison ?

En matière de prise en charge, on préconise un traitement antidépresseur et des thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Leur but est d'aider les personnes à développer des convictions utiles et plus axées sur la réalité de leur apparence physique, afin de réduire les comportements excessifs répétitifs, voire d'y mettre un terme. On parle d'exercice et de travail d'exposition et de prévention des rituels, notamment en s'exposant progressivement aux situations craintes ou évitées. La TCC comprend d'autres éléments : reconversion perceptive, techniques de gestion du stress… On va également travailler avec le patient des techniques motivationnelles, ainsi que l'affirmation de soi afin de réduire l'anxiété sociale et les schémas de pensées dysfonctionnels. À terme, on peut aussi travailler sur les éventuels traumas à l'origine de ces troubles. Enfin, pour aider un proche atteint de dysmorphophobie, il est important d'adopter une posture de soutien et de non-jugement, et d'éviter la confrontation, qui pourrait renforcer ses croyances. On essaiera plutôt d'être dans une posture de réassurance, sans entrer dans la validation de ses craintes, et de l'accompagner vers un parcours de soins.

Propos recueillis par Charlotte Arnaud
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