Jardin

« -ensis », un suffixe botanique qui va vous faire voyager

Qu'il soit latiniste ou non, le jardinier doit accepter l'idée que les noms botaniques sont chargés de sens. Savoir les déchiffrer permet d'obtenir des indications précieuses quant à la nature des plantes. Ainsi, le suffixe « -ensis » aide-t-il à déterminer d'où elles proviennent, de manière plus ou moins rigoureuse.

« -ensis ». Attention, à l'oreille, on pourrait confondre. On ne parle pas ici de la N6-méthyllysine, un dérivé méthylé de la lysine, que l'on trouve, comme chacun sait, dans les histones, où elle résulte d'une modification post-traductionnelle. Non, ce serait évidemment trop simple. On parle bien de botanique et du suffixe « -ensis » comme dans Cercis canadensis, le gainier du Canada, également appelé arbre de… Judée.

Des noms significatifs

Les appellations botaniques des végétaux sont composées de deux entités, la première indiquant le genre, et la seconde précisant l'espèce. Cette dernière apporte généralement des indications quant aux spécificités de la plante : l'aspect du feuillage (tenuifolium pour feuilles étroites), la couleur (alba pour blanc), la silhouette (rotunda pour une forme ronde) ou le port (repens pour rampant). Et quand un mot ne suffit pas, on en accole deux, comme dans macrocarpa, qui signifie littéralement « à gros fruits ».

Dis-moi où tu pousses

C'est le cas du suffixe « -ensis », qui veut dire « originaire de », que l'on accole à un toponyme. Il peut d'abord renseigner sur le type de biotope où pousse la plante à l'état naturel : arvensis « du champ », utilisé pour les plantes messicoles, fluminensis « du fleuve » pour celles qui colonisent les berges humides ou volcanensis « du volcan » relatif à celles qui ont l'audace de se plaire sur les versants volcaniques.

Voyage, voyage

Cependant, le terme est le plus souvent associé à une origine géographique propre à un pays : Wisteria sinensis pour la glycine de Chine ou Jubaea chilensis pour le palmier du Chili. Mais on peut être plus précis encore, avec des noms de villes, comme c'est le cas du peuplier de Berlin Populus x berolinensis, des noms d'États avec la plante carnivore Sarracenia alabamensis originaire de l'Alabama, ou d'une région comme pour l'orchidée Phalaenopsis zhejiangensis qui provient de la province chinoise du Zhejiang. Autant d'indications qui renseignent sur les conditions de cultures favorables à la plante.

Vive la France !

On le sait peu, mais la France n'est pas en reste, avec le genêt du Dauphiné (Genista delphinensis), la très belle orchidée sauvage de Marseille (Ophrys massiliensis) ou la laîche d'Hyères (Carex olbiensis). La lobélie Lobelia vedrariensis renvoie, quant à elle, à la ville de Verrières-le-Buisson où elle a été créée dans les pépinières Vilmorin qui s'y sont installées en 1815.

Parlons peu, parlons bien

S'il fallait, de cette logorrhée toponymique, ne retenir que trois noms intéressants pour le jardin, les voici : la verveine de Buenos Aires (Verbena bonariensis), jolie vivace violette à port altier, vertical et longiligne, ou le ciste de Montpellier (Cistus monspeliensis), increvable arbrisseau des garrigues à floraison printanière. Finissons par le moins connu, mais le plus remarquable : le cornouiller de Hong-Kong (Cornus hongkongensis), arbuste au feuillage luisant et persistant dont les bractées opalines illuminent les massifs de leur blancheur immaculée.

Benoit Charbonneau
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