La greffe d'hiver des arbres fruitiers est un art complexe, mais accessible à qui prend la peine de se documenter. Un des piliers de cette technique est de respecter le décalage phénologique entre le greffon et le porte-greffe. Sinon… c'est l'erreur. Fatale.
Un mariage bien arrangé
Greffer un arbre fruitier consiste à unir deux organismes distincts : le porte-greffe et le greffon. Le premier, qui fait contact avec le sol, influence la vigueur de l'arbre et son adaptation aux conditions de culture (sol, climat…). Le second détermine la variété des fruits et leurs spécificités (précocité, saveur, gabarit…). L'opération se pratique au débourrement printanier, en mars-avril, lorsque la sève remonte activement dans le porte-greffe. Cette montée permet aux tissus de cicatriser rapidement et d'assurer la soudure entre les deux parties.
Quand l'un s'éveille, l'autre dort encore
Le succès d'une greffe repose sur un principe absolu : le porte-greffe doit être actif, le greffon dormant. En effet, c'est le porte-greffe qui doit fournir l'énergie nécessaire à la soudure des cambiums, cette fine couche de cellules située entre le bois et l'écorce. Si le greffon est lui aussi en sève au moment de la greffe, il mobilise ses propres réserves pour faire gonfler ses bourgeons et s'épuise : il se dessèche, brunit et meurt en quelques jours. À l'inverse, un greffon dormant reste inerte le temps que la soudure s'opère, puis se réveille progressivement grâce à la sève fournie par le porte-greffe.
Prélever en amont
Pour obtenir ce décalage indispensable, il faut prélever les greffons en plein cœur de l'hiver, lorsque les arbres sont en repos végétatif complet. Une fois prélevés, ils sont étiquetés par variété et conservés au froid pour maintenir leur dormance jusqu'en mars-avril. La méthode traditionnelle consiste à les mettre en jauge : placez un pot rempli de sable le long d'un mur exposé nord et plantez-y les greffons. La greffe interviendra lorsque les bourgeons de votre porte-greffe commenceront à gonfler.


