Carte d'identité dans le téléphone, l'Europe prend rendez-vous - Minizap Pays Berjallien
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Carte d'identité dans le téléphone, l'Europe prend rendez-vous

Le règlement européen eIDAS 2 oblige chaque État membre à proposer un portefeuille d'identité numérique avant le 24 décembre 2026. Dans l'Hexagone, France Identité tient déjà ce rôle pour plus de 4 millions de personnes. Mode d'emploi, promesses et zones d'ombre.

Prouver son âge à un site, ouvrir un compte bancaire, signer un bail ou embarquer dans un avion avec son téléphone, sans jamais montrer la totalité de sa carte d'identité… c'est la promesse faite par le portefeuille européen d'identité numérique, pièce maîtresse du règlement eIDAS 2, adopté par l'Union européenne sous le numéro (UE) 2024/1183. Le texte fixe une échéance ferme : chaque État membre doit mettre au moins un portefeuille à la disposition de ses citoyens au plus tard le 24 décembre 2026. Une année de plus est accordée avant que banques, opérateurs télécoms, assureurs et très grandes plateformes ne doivent à leur tour accepter ce moyen d'identification. L'usage restera facultatif et gratuit, et la carte physique ne disparaît pas.

France Identité prend de l'avance

En France, le rôle de portefeuille reviendra à France Identité, l'application développée par France Titres, l'ancienne ANTS. Selon le ministère de l'Intérieur, elle compte déjà plus de 4 millions d'utilisateurs et près de 6 Français sur 10 en ont entendu parler. Il faut une carte au format carte bancaire, être majeur et disposer d'un smartphone lisant la puce sans contact. L'application héberge la carte d'identité, le permis, la carte grise et la carte Vitale dématérialisée. Elle génère des justificatifs à usage unique signés par l'État, ouvre 1 800 services via FranceConnect et, depuis cet été, sert à l'enregistrement des bagages et à l'embarquement dans les aéroports français. Certifiée au niveau élevé par l'ANSSI, elle est reconnue par la Commission européenne.

Ce que l'on pourra faire

Le portefeuille européen dépasse la carte affichée à l'écran. Il stocke des attestations vérifiables, diplôme, permis, ordonnance ou preuve de majorité, signées par l'organisme émetteur. Face à un site marchand, un hôtel ou une banque d'un autre pays de l'Union, il permet de s'identifier, de signer un contrat avec une valeur juridique équivalente à la signature manuscrite, ou de ne transmettre qu'une seule information, par exemple « majeur : oui », sans livrer sa date de naissance. Les entreprises devront s'enregistrer comme « parties utilisatrices » et déclarer les données réclamées, liste publique qu'elles ne pourront pas dépasser. À partir du 24 décembre 2027, refuser le portefeuille ne sera plus possible pour les acteurs soumis à une authentification forte.

Vie privée sous surveillance

La sélectivité des données est aussi le point le plus scruté. La CNIL insiste sur la minimisation : un site qui vérifie un âge n'a pas besoin d'une identité complète, et l'utilisateur doit pouvoir conserver localement une preuve réutilisable plutôt que d'interroger l'État à chaque connexion. Le règlement impose un tableau de bord où chacun consulte l'historique de ses partages, demande l'effacement et signale un abus au régulateur. La Commission développe en parallèle une application de vérification d'âge fondée sur des preuves à divulgation sécurisée, testée par sept pays dont la France : le site ne connaît que l'âge, l'autorité ignore le site visité. Reste la non-traçabilité entre deux usages, encore en chantier chez les ingénieurs.

Une échéance déjà fragile

Tous les États n'arriveront pas à l'heure. L'Observatoire de l'identité numérique du Politecnico di Milano estime que moins d'un tiers d'entre eux atteignent le niveau de préparation attendu. L'Allemagne, qui vise 80 millions d'utilisateurs potentiels, n'annonce son application publique qu'au début de l'année prochaine, et la Bulgarie n'a pas encore engagé de développement sérieux. Côté usagers, l'obstacle est ailleurs : un téléphone trop ancien, une carte au vieux format ou une simple méfiance suffisent à rester à l'écart. Le règlement prévoit que toute démarche reste accessible sans portefeuille, au guichet ou sur papier. Le pari sera gagné si la version numérique devient une commodité pour la majorité sans jamais devenir un obstacle pour les autres.

City Presse
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