Les nuits des personnes souffrant de bruxisme sont loin d'être de tout repos. Alors que le stress subi pendant la journée continue à s'exprimer en dormant, ce trouble peut entraîner de nombreux désagréments, parmi lesquels la fragilisation de l'émail dentaire, de la fatigue chronique et des douleurs au réveil.
Face au stress de la vie quotidienne, certains ont tendance à serrer les dents. Une expression imagée qui renvoie à une réalité douloureuse pour 10 à 15 % de la population atteinte de bruxisme, un trouble musculo-articulaire et nerveux fonctionnant comme une soupape émotionnelle. La docteur Gülay Akay, chirurgien-dentiste et médecin fondateur du réseau de clinique Dentakay, revient pour nous sur les causes et l'impact de ce trouble ainsi que sur les solutions pour s'en défaire.
Quels mécanismes sont à l'œuvre entre stress et bruxisme ?
Le bruxisme n'est pas une mauvaise habitude, mais l'expression du système de gestion du stress du cerveau au niveau des muscles de la mâchoire. En situation de stress, le cerveau perçoit une menace et active l'hypothalamus, puis le système nerveux sympathique, responsable de la réaction de lutte ou de fuite. Cette activation entraîne une contraction des muscles de la mâchoire.
Lorsque le stress devient chronique (travail, pression, anxiété liée à l'avenir), ces muscles restent en tension et ne parviennent plus à se relâcher, ce qui provoque le serrement et le grincement des dents. Le stress rend aussi le sommeil plus léger, avec des micro-réveils durant lesquels la sécrétion de dopamine et de noradrénaline augmente, favorisant des contractions soudaines de la mâchoire. Le bruxisme est donc un réflexe par lequel le corps évacue le stress pendant le sommeil.
S'agissant d'un trouble nocturne, comment sait-on si l'on est concerné ?
Au réveil, des signes comme une fatigue ou des douleurs de la mâchoire, aux tempes ou devant les oreilles, des maux de tête ou une sensibilité dentaire sont révélateurs. On peut aussi observer des marques de morsure sur la langue ou l'intérieur des joues, des craquements ou blocages de la mâchoire en journée, ainsi que des tensions au niveau du cou et des épaules.
Lors de l'examen clinique, le dentiste repère souvent des surfaces dentaires aplaties, des micro-fissures, une usure de l'émail ou des plombages qui se cassent fréquemment. Enfin, le fait qu'un partenaire de sommeil signale des bruits de grincement nocturne est un indice très parlant.
Quel est l'impact sur nos dents et notre santé ?
Il s'agit d'un trouble musculo-articulaire et nerveux. Au niveau dentaire, le bruxisme peut entraîner une perte d'émail, des fissures ou fractures, une hypersensibilité, des traitements de canal, voire une perte de dents liée à des atteintes parodontales. Au niveau de l'articulation de la mâchoire, il peut provoquer des déplacements du disque, des blocages, des claquements douloureux et une asymétrie du visage. Il est aussi associé à des maux de tête, des migraines, des troubles cervicaux et des perturbations du sommeil, créant un cercle vicieux qui peut renforcer l'anxiété.
Quels traitements peuvent être envisagés ?
La prise en charge la plus efficace est globale. Elle commence par la réalisation d'une gouttière nocturne pour protéger les dents, réduire la charge musculaire et envoyer un signal de rétroaction au cerveau lors du serrement.
Dans certains cas, notamment lorsque des lésions permanentes sont présentes, la gouttière seule ne suffit pas. On peut alors associer d'autres approches comme la kinésithérapie, les massages des muscles masséters et temporaux et, dans les formes sévères, des injections de botox dans les muscles masticateurs.
Agir sur le stress ou ses causes peut-il constituer une solution préventive ?
Oui, c'est la solution la plus durable, mais aussi la plus exigeante. Le bruxisme correspond au transfert de la charge émotionnelle du cerveau vers la mâchoire. Pour réduire le stress, plusieurs leviers existent comme la psychothérapie orientée stress et anxiété, les exercices de respiration et de pleine conscience, l'ajustement de la charge de travail, la régulation du sommeil ou la diminution des excitants comme la caféine. Les études montrent que chez les patients dont l'anxiété diminue, le bruxisme peut reculer de 40 à 70 %.


