Carences en nutriments essentiels, isolement social, retard de croissance… les enfants et ados atteints de l'arfid – le trouble de restriction ou d'évitement de l'ingestion d'aliments – refusent de manger certains aliments, ce qui peut avoir de lourdes conséquences sur leur santé.
Au même titre que l'anorexie ou la boulimie mentales, le trouble de restriction ou d'évitement de l'ingestion d'aliments, ou « arfid » en anglais (« avoidant and restrictive food intake disorder »), est un trouble du comportement alimentaire. Il s'agit d'une aversion persistante pour certains aliments, sans lien avec des préoccupations d'apparence physique. Touchant plus particulièrement les jeunes et les personnes autistes, ce trouble, encore peu connu, se présente sous plusieurs formes et peut avoir des conséquences néfastes sur la santé.
Des personnes vulnérables
« De plus en plus fréquents chez les enfants et adolescents sans troubles psychiatriques associés », les comportements alimentaires arfid toucheraient 3 % de la population globale selon une étude de 2020 publiée dans la revue Perfectionnement en pédiatrie, mais dépasseraient les 11 % chez les personnes atteintes d'autisme, d'après une méta-analyse de 2025 publiée dans l'IJED. Ce trouble se développe plutôt dans l'enfance, touchant garçons comme filles, et peut aussi continuer à l'âge adulte. Il se distingue d'ailleurs des comportements normaux des tout-petits qui refusent certains aliments ou des personnes très âgées qui réduisent leurs quantités de nourriture, et ne semble pas lié à une préoccupation de l'image corporelle.
Manque d'intérêt, peur et dégoût
Introduit en 2013 dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), l'arfid est défini comme une perturbation alimentaire qui survient par « manque d'intérêt manifeste pour l'alimentation ou la nourriture », par « évitement fondé sur les caractéristiques sensorielles de la nourriture » ou encore par une « préoccupation concernant un dégoût pour le fait de manger ».
Concrètement, un individu ayant ce trouble refusera de consommer un aliment du fait de son apparence, sa texture, son goût, son odeur, sa température ou même sa couleur. Les raisons de cet évitement peuvent également être liées à une expérience passée désagréable, comme une fausse route, des vomissements répétés ou des troubles digestifs. Il en résulte un choix très limité d'aliments ingurgités en variété ou en quantité.
Des risques importants
Comme le précise le DSM, ce trouble est caractérisé par « une incapacité persistante à atteindre les besoins nutritionnels et/ ou énergétiques appropriés ». Ainsi, l'arfid peut engendrer des risques pour le développement physique et être associé à une « perte de poids significative ou un fléchissement de la courbe de croissance chez l'enfant », à une malnutrition, à un « déficit nutritionnel significatif » ou à la « nécessité d'une nutrition entérale », mais aussi à des risques sociaux et une « altération nette du fonctionnement psychosocial ». La personne atteinte pourrait en effet être stressée lors des repas, voire s'empêcher de participer à des activités sociales avec ses proches.
Causes et traitements
Quant aux causes de l'arfid, outre sa prévalence chez les personnes souffrant de troubles anxieux ou d'autisme, des facteurs environnementaux comme des traumatismes alimentaires ou des parents atteints eux-mêmes de troubles de l'alimentation, ainsi que des facteurs neurobiologiques, génétiques et physiologiques comme des affections gastro-intestinales ou une hypersensibilité aux textures, pourraient être en cause.
Enfin la prise en charge se doit d'être multidisciplinaire, reposant sur une thérapie cognitivo-comportementale pour modifier les comportements d'évitement, un accompagnement nutritionnel pour traiter les carences ou encore une thérapie d'exposition graduelle aux aliments, tout en prenant en compte les traumatismes potentiels passés et en réduisant l'anxiété liée.


