Avez-vous remarqué que certaines discussions semblent plus tendues quand s'approche l'heure du déjeuner ? Être légèrement sur les nerfs lorsque son ventre crie famine n'a cependant rien d'un trait de (mauvais) caractère ; ce phénomène étant en effet largement répandu. Mais si on a longtemps pensé que cette irritabilité était liée à une chute brutale du taux de glucose dans le sang, la réalité s'avérerait plus nuancée, comme le révèle une étude scientifique allemande parue fin 2025 dans la revue eBioMedicine.
L'intéroception, quand le corps nous parle
Équipés d'un dispositif visant à mesurer leur glycémie en temps réel, les 90 participants ont dû répondre régulièrement, via une application mobile de suivi, à des questions portant sur leur sensation de satiété et leur humeur. Les chercheurs ont alors constaté que si la glycémie avait effectivement un impact sur la mauvaise humeur, l'évaluation interne de l'état métabolique, propre à chaque individu, a joué un rôle de médiateur dans cette association. La perception consciente de l'état interne du corps, autrement dit des signaux de la faim, est ainsi davantage responsable des fluctuations d'humeur qu'un simple réflexe biologique.
« En d'autres termes, ce n'est pas le taux de glucose en lui-même qui influence l'humeur, mais plutôt l'intensité avec laquelle nous percevons consciemment ce manque d'énergie », analyse la Dr Kristin Kaduk, chercheuse à l'université de Tübingen et première autrice de l'étude. Le travail des chercheurs met alors en lumière le rôle de l'intéroception, soit la capacité à ressentir et conscientiser ses signaux corporels internes, dans la régulation des émotions. « Une bonne écoute des signaux corporels semble contribuer au maintien de la stabilité émotionnelle, même en cas de fluctuations d'énergie, » indique par ailleurs le Pr Nils B. Kroemer, co-auteur principal de l'étude. À méditer la prochaine fois que la faim vous rend ronchon…


