À toutes les plantes réfractaires à la bouture, aux végétaux handicapés de la marcotte, le marcottage aérien propose une solution de secours : un enracinement sous assistance respiratoire, effectué directement sur une branche où la sève circule. Si tu ne viens pas à la bouture, la bouture ira à toi !
En botanique, la multiplication asexuée, ou végétative, consiste à concevoir le clone d'une plante-mère afin d'en reproduire toutes les caractéristiques (forme, fleur, fruits, etc.). Le plus généralement, on arrive à ce résultat par la bouture, dont le principe est de forcer l'enracinement d'un tronçon « arraché » à la plante-mère. Mais cette technique reste délicate puisqu'il faut que celle-ci ne se dessèche pas, ce qui, comme souvent avec le vivant, n'est jamais garanti.
Ne coupez pas le cordon !
Avec la marcotte, qui n'est pas séparée de la plante-mère, on obtient des taux de réussite nettement supérieurs à la bouture. Le procédé consiste à forcer l'enracinement d'un rameau en le courbant et en le plaçant partiellement sous terre. La reprise est favorisée par l'obscurité et l'humidité constantes du sol, un cocon naturel qui suffit, sur les espèces dociles, à provoquer l'enracinement. Mais puisque la terre est basse, cette méthode n'est valable que pour les plantes à rameaux souples, comme les lianes (glycine, chèvrefeuille…) ou les buissons ou arbrisseaux à tiges basses (cassissiers ou groseilliers, weigelias, romarin…).
Une belle brochette de réfractaires
La marcotte aérienne est le dernier recours qu'il reste aux arbres et aux arbustes particulièrement récalcitrants à la bouture et dont la ramure est trop haute ou trop rigide pour pouvoir être pliée et enterrée. On parle ici d'espèces notoirement rétives à l'enracinement spontané, comme le houx, les camélias, les agrumes, les magnolias, les rhododendrons… Les raisons sont multiples : dessèchement rapide des boutures, écorce épaisse, cicatrisation plutôt qu'enracinement…
La marcotte de haut vol !
Le mécanisme repose sur un principe subtil : en retirant un anneau d'écorce sur tout le pourtour de la tige choisie, on supprime les vaisseaux de descente de la sève élaborée (phloème) sans gêner la circulation de la sève montante dont les vaisseaux (xylèmes) sont plus profonds. Les sucres issus de la photosynthèse s'accumulent alors au niveau de la plaie et stimulent l'émission de racines. Du printemps au début de l'automne, retirez l'écorce sur trois à quatre centimètres de hauteur avec un couteau bien affûté, jusqu'au bois nu, sans aller au-delà. Entourez cette plaie d'un contenant opaque dans lequel vous verserez du terreau : bouteille ou gobelet plastique opacifié et fendu en deux, papier aluminium, ou si vous n'êtes pas bricoleur, à l'aide d'une boule de marcottage vendue dans le commerce. Arrosez le substrat une fois par semaine, et laissez faire la nature.
Petits détails à divulguer
Au printemps, choisissez une nouvelle tige en cours de végétation (verte et souple), alors qu'en été ou à l'automne, préférez une branche nettement lignifiée (marron et rigide). Sélectionnez des branches d'environ un à deux centimètres de diamètre. En cas de doute sur le succès de votre entreprise, badigeonnez la plaie avec un peu d'hormones de bouturage afin de favoriser l'émission des racines. Après trois à quatre mois de maturation, mais parfois plus, découpez le récipient et coupez la branche sous les racines. Rabattez la partie supérieure de la marcotte à quelques feuilles et replantez-la dans un pot. Vous êtes l'heureux propriétaire d'un nouveau plant, tout beau, tout neuf.
C'est l'un ET l'autre
Le plus étonnant avec cette technique, c'est que vous pouvez marcotter une branche en fleur ou en fruit, la savourer des yeux ou des papilles, et récupérer malgré tout un nouveau plant en fin de saison.


