Il y a au jardin bien des plantes indésirables. Mais entendons-nous sur ce mot : ne pas être désiré ne veut pas dire être inutile. Au contraire, certaines plantes sauvages peuvent se révéler intéressantes, et la bardane est de celle-ci. Au mois de mai, il faut savoir l'identifier afin de ne pas l'arracher systématiquement et de se priver de ses qualités.
Cela fait 71 ans que la bardane se lamente. Depuis qu'un beau jour de 1955, un certain Georges de Mestral l'a spoliée de ses droits à la propriété intellectuelle en inventant, après s'être inspiré de ses fruits qui s'accrochaient aux poils de son chien, le velcro. Un système de fixation ingénieux, repris jusque dans l'espace par la Nasa pour fixer les équipements dans les combinaisons spatiales. La bardane poussait sur une mine d'or qu'elle n'a pas su faire fructifier… Honteuse et confuse, elle jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
Mauvaise ici, utile ailleurs
La bardane (Arctium lappa) n'est pas une plante cultivée, mais une bisannuelle spontanée qui pousse partout en France. Volumineuse, pas très esthétique, elle est encombrante et fait figure d'indésirable. Étonnant constat quand on sait qu'au IXe siècle, Charlemagne la faisait figurer, sous le nom de Parduna, dans son capitulaire de Villis (une longue liste de végétaux à favoriser dans les domaines royaux) au titre de plante nourricière et médicinale. Au même moment, au Japon, ses racines étaient déjà utilisées en cuisine pour préparer un plat très recherché : le gobo.
Une bonne « mauvaise » herbe
Outre ces propriétés culinaires méconnues, la bardane possède des qualités que le jardinier a tout intérêt à exploiter au jardin. En périphérie des massifs ornementaux et du potager, elle joue le rôle de plante piège, attirant les pucerons sur elle et les détournant des espèces voisines, tout comme la capucine. De surcroît, en été, ses petites fleurs violettes nectarifères attirent les auxiliaires qui régulent naturellement les ravageurs. Enfin, ses larges feuilles constituent une biomasse volumineuse à étaler sans réserve en paillage au potager.
La petite infirmerie du jardinier
Mais son usage le plus intéressant reste le purin. En effet, on peut préparer une macération (100 g de feuilles fraîches hachées par litre d'eau), à laisser tremper une dizaine de jours selon la température ambiante en la brassant régulièrement. Quand la fermentation est terminée, c'est-à-dire quand il n'y a plus de bulles en surface, on la filtre. Dilué à 5 %, ce purin agit en prévention contre les maladies cryptogamiques et en particulier le mildiou. C'est également un puissant phytostimulant à utiliser en arrosage après dilution à 10 %, tous les quinze jours, comme stimulant pour les plantes fatiguées. Sa richesse en potasse lui confère un rôle supplémentaire : en stimulant la régulation stomatique, le purin aide les cultures à mieux traverser les épisodes de sécheresse.
Reconnaître pour réguler
Au mois de mai, cette plante bisannuelle a deux aspects. Les pieds qui se sont ressemés l'année précédente sont déjà hauts sur tige et facilement reconnaissables : larges feuilles en forme de cœur, velues, gaufrées et nervurées. Les pieds qui ont germé en début d'année sont plus ramassés et forment de petites rosettes au ras du sol, à garder en prévision de l'année suivante. Bien sûr, afin de limiter la prolifération, on régule le nombre de pieds en arrachant ceux qui sont en surplus. Mais sa racine pivot profonde, qui soutient sa croissance délurée, n'est pas facile à extirper. Un argument de plus pour la garder ?
La guerre des boutons
En fin d'été, les fleurs fanées se sont muées en capitules hérissés qui arment les bras enfantins lors d'inoffensives batailles épiques. Un projectile de garnement pour les jardiniers qui ont su garder leur âme d'enfant.


