Le cocotier est le champion de l'expansion transcontinentale. Sa fameuse noix, qui contient l'amande comestible d'où sortira le germe, est prévue pour résister à une vertigineuse chute, une longue dérive à travers les mers et une germination en milieu très hostile. La nature a rarement fait plus costaud que cette petite coque de noix !
Si à l'heure où vous lisez ces quelques lignes, vous faites la sieste en bord de plage, à l'ombre d'un cocotier, plusieurs conclusions s'imposent. Primo, vous ne passez pas vacances en métropole car il n'y en pousse pas la queue d'un. Deuzio, où que vous soyez, pour votre sécurité, vous feriez mieux d'aller vous baigner car certains affirment que les chutes de noix de coco tuent plus de gens à travers le monde que les attaques de requin. Tertio, du haut de cet arbre, des fruits thalassochoriques vous contemplent, rien que ça.
Sous la bourre, la noix
Commençons par préciser qu'il n'existe qu'une seule espèce d'arbre capable de produire la noix de coco : le cocotier Cocos nucifera. Son fruit complet est une énorme drupe lisse et verte, qui pèse jusqu'à un kilo et demi. Sous sa peau externe se trouve une épaisse couche de fibres ligneuses : la bourre. Ce n'est qu'une fois qu'elle est retirée qu'apparaît la coque dure et brune de la noix de coco telle que nous la connaissons.
Aïe ! Splash ! Pop !
Cette bourre, vitale, assure trois fonctions. La première est mécanique : quand le fruit mûr se détache de l'arbre, il tombe de haut. Sans cette épaisse carapace qui amortit la chute, la graine volerait en éclats à l'impact. La deuxième est maritime : grâce à sa structure fibreuse gorgée d'air, la bourre est un flotteur naturel. Une fois emportée par la mer, la noix peut dériver trois à quatre mois sans encombre. La troisième intervient après l'échouage : la bourre collecte les eaux de pluie et maintient l'humidité autour de la graine, facilitant sa germination. On appelle « thalassochorie » cette capacité à propager ses graines par la mer.
Le gîte et le couvert
Comme le noyau de la pêche, la noix de coco est une amande germinative. Elle contient une chair blanche, l'albumen, que l'on mange, ainsi qu'une réserve d'eau douce qui l'a préservée de la dessiccation jusque-là : l'eau de coco. Après maturation au cœur de la noix, le premier se mélange à la seconde, constituant une réserve nutritive pour le germe. C'est que les cocotiers poussent en bord de mer, là où l'eau et l'environnement salés sont inhospitaliers pour une jeune pousse. Cette eau de coco enrichie constitue son unique source hydrique le temps que ses premières racines atteignent un sol moins hostile. La noix de coco est donc une capsule autonome, parée à tout pour germer.
Mission impossible
Cela dit, n'espérez pas reproduire l'expérience chez vous. Faire germer une noix de coco achetée en magasin est une entreprise très aléatoire car les taux de germination sont très bas. De plus, privée de sa bourre lors de l'exportation, la graine a souvent subi des chocs qui compromettent son embryon. Enfin, le cocotier est un grand frileux, qui ne tolère pas des températures inférieures à dix degrés. L'achat sous forme de plant germé, la culture en pot et en intérieur durant la saison froide, est donc l'unique moyen de le cultiver chez nous.


