Jardin

Le faux-semis, une vraie solution contre les herbes indésirables

Le faux-semis est une technique déconcertante de simplicité qui permet de limiter l'invasion des mauvaises herbes dans les plates-bandes que l'on souhaite ensemencer. Une ruse de sioux qu'il est nécessaire de planifier car elle implique d'anticiper les semis deux à trois semaines à l'avance.

« L'art de la guerre consiste à soumettre l'ennemi sans combat ». C'est un peu le cas du faux semis qui tend à favoriser le développement des herbes indésirables pour mieux les étouffer dans l'œuf. Un astucieux stratagème que n'aurait pas, en son temps, renié Sun-Tzu pour qui « tout art de la guerre est une duperie ».

Une crypto-banque de graines

Il y a dans le sol des milliers de semences végétales en dormance. En effet, afin de favoriser la survie de l'espèce, toutes les graines d'une même génération ne germent pas spontanément dès la saison suivante. Bien sûr, celles qui restent en latence à la surface du sol sont rapidement enterrées par les accumulations de sédiments et de matières organiques et doivent attendre, parfois très longtemps, les conditions favorables à leur germination. C'est ainsi que le bêchage, ou n'importe quel travail du sol préparatoire au semis, donne à des centaines d'entre elles la possibilité de s'épanouir, en leur faisant regagner la surface.

Concurrence déloyale

Une fois qu'elles ont germé, ces plantules adventices entrent très vite en concurrence avec celles que le jardinier s'échine à faire lever. Non seulement en termes d'espace et de lumière, puisqu'elles ont tendance à étouffer les fleurs et les légumes naissants, mais aussi en termes d'eau et de nutriments. C'est particulièrement le cas avec les semences à germination longue, comme la carotte, le persil, le céleri, le panais, le poireau ou la ciboulette, qui laissent tout le temps aux herbes indésirables, plus promptes à se développer, d'occuper le sol avant qu'elles n'apparaissent. C'est aussi le cas des plantes à faible développement, comme la mâche, qui sont facilement sujettes à l'étouffement.

Surveillance rapprochée

Voici pourquoi les semis sont toujours surveillés de près par le jardinier, et régulièrement suivis d'un désherbage attentif et minutieux, de manière à extraire les plantules importunes et laisser toute la place aux cultures anthropiques. En effet, les légumes et les fleurs soumis à une concurrence non régulée des herbes indésirables produisent et fleurissent moins, quand ils ne disparaissent pas purement et simplement, noyés dans la masse.

Rien ne sert de courir

La technique du faux semis répond à cette problématique de manière simple, et presque machiavélique. Elle consiste à préparer le sol comme pour un semis normal. Après bêchage ou griffage, la terre est ratissée, émiettée et arrosée, sans qu'aucun semis ne soit effectué. Irrésistiblement, après quelques jours de latence, les premières graines d'herbes sauvages vont lever et se développer. Après deux à trois semaines, la plupart du potentiel germinatif du sol s'étant exprimé, il ne reste plus qu'à sarcler ces plantules indésirables. Un geste à effectuer avec beaucoup de délicatesse afin de ne pas remuer à nouveau le sol et de favoriser ainsi la germination d'autres graines en dormance. Il est alors temps de procéder au semis en bonne et due forme, sur un terrain favorable, exempt, pour un temps, de concurrence.

Benoit Charbonneau
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