Rien n'est plus organisé qu'un jardinier qui, dès le mois de janvier, anticipe la saison à venir en se plongeant dans les catalogues de semenciers. Il y dénichera bon nombre de graines de variétés de légumes F1, des hybrides au caractère bien trempé, qui augurent des récoltes foisonnantes, mais qui n'ont pas que des avantages à leur actif.
F1 comme Formule 1 ? Et pourquoi pas… Finalement, ces légumes sélectionnés et croisés par la main de l'Homme sont comme des bolides ultra-performants à moteur hybride, conçus dans des écuries de techniciens à grand renfort de microscopes et à des coûts astronomiques. Les graines F1, c'est la haute technologie du potager. Mais prenez garde, après une saison de courses en tête, la sortie de route est garantie, et tout est à recommencer.
Graines F1, késako ?
F1 signifie « première génération filiale », une terminologie scientifique mise au point par Gregor Mendel, qui a établi les lois de l'hérédité au XIXe siècle. Une semence F1 est issue du croisement entre deux lignées pures de variétés distinctes au sein d'une même espèce, dont le patrimoine génétique de chacune a été préalablement fixé sur plusieurs générations. Le semencier sélectionne deux parents a priori complémentaires, l'un produisant, par exemple, de gros fruits mais résistant mal au froid, l'autre faisant des fruits chétifs mais supportant les gelées. En les croisant, il espère obtenir une première génération de légumes à la fois rustiques et productifs.
Un grand coup de fouet génétique
Le croisement de deux lignées distinctes est connu pour produire un effet coup de fouet sur la première génération : vigueur exceptionnelle, croissance rapide, résistance accrue aux maladies et productivité supérieure. C'est ce qu'on appelle l'effet hétérosis ou vigueur hybride, découvert en 1909 sur le maïs. Mais attention : cet effet n'apparaît qu'à la première génération. Dès la deuxième génération (F2), la vigueur s'estompe et les performances chutent.
Reproductible, à quoi bon ?
Contrairement à ce que l'on croit, les plantes F1 ne sont pas stériles, mais leurs graines de deuxième génération (F2) donnent des résultats aléatoires qui ne permettent pas de retrouver les caractéristiques de la génération précédente. L'uniformité et la vigueur disparaissent, tandis que la plupart des plantes retrouvent les caractères d'un seul parent ou présentent des combinaisons nouvelles. Pour retrouver les performances initiales, il faut nécessairement recommencer une nouvelle hybridation.
Des variétés qui répondent à des besoins
Prenons des exemples concrets. La tomate F1 Fandango a été conçue pour résister au mildiou, la courgette F1 Defender pour supporter l'oïdium, le melon F1 Stellio pour mûrir en climat plus frais et les nombreuses salades F1 pour résister à la montée en graine durant l'été. Les graines F1 permettent donc au jardinier confronté à des problèmes récurrents d'obtenir enfin des récoltes dignes de ce nom.
Une graine de voyou ?
Mais les F1 coûtent trois à quatre fois plus cher que les variétés anciennes, car leur production requiert un processus complexe et onéreux. Et puisqu'il est inutile de reproduire des graines F1, il faut donc les racheter chaque année si l'on veut retrouver leurs caractéristiques. Enfin, et c'est une question éthique importante, les F1 contribuent à l'érosion de la biodiversité en évinçant progressivement les variétés anciennes tout en limitant les croisements génétiques spontanés au profit d'une uniformisation variétale.
F1 non, « fait maison » oui !
Une autre solution consiste à sélectionner dans votre jardin les graines des plantes présentant les caractéristiques qui vous intéressent, et de les reproduire chaque année. Au fil des années, vous allez créer des sous-variétés adaptées à votre jardin et à vos besoins.


