Petit dilemme post-caniculaire : peut-on arroser avec les eaux grises de la maison ? - Minizap Chambery
Jardin

Petit dilemme post-caniculaire : peut-on arroser avec les eaux grises de la maison ?

En France, la vaisselle, la cuisine et la douche représentent à elles seules plus de la moitié de la consommation d'eau domestique, soit environ quatre-vingts litres par personne et par jour. Pourquoi ne pas récupérer cette manne liquide pour arroser le jardin durant les périodes de sécheresse, et donc, de restriction d'eau ? Une idée rafraîchissante qui ne coule pourtant pas de source.

Faire feu de tout bois, faire eau de toute flaque, trouver des moyens détournés pour arroser ses plantes malgré les restrictions d'eau, voilà ce à quoi l'évolution du climat pousse le jardinier dégourdi. Et puisque la récupération des eaux de pluie n'est pas possible durant les sécheresses (vous venez de lire une lapalissade), ne pourrait-on pas récupérer les eaux de la maison, qui, comme certaines matières ou éminences, sont grises ?

Deux nuances de gris

Le terme d'eaux grises définit les eaux de la maison usées par la vaisselle, la cuisine, la lessive ou la douche, par opposition aux eaux noires qui proviennent des toilettes. Depuis le décret du 12 juillet 2024, le code de la santé publique en distingue deux types. D'un côté, les eaux grises classiques : douche, bain, lavabo, lave-linge, considérées a priori sans risque pour l'épandage au jardin. De l'autre, les eaux issues de la cuisine : évier et lave-vaisselle, susceptibles de charrier graisses, huiles alimentaires et résidus de nourriture.

Dis moi d'où tu viens, je te dirai où tu vas

Ce décret a créé la notion d'EICH (Eaux Impropres à la Consommation Humaine) pour encadrer, à titre expérimental et jusqu'en 2034, la réutilisation domestique des eaux non potables. Il autorise l'usage des eaux grises classiques pour l'arrosage des jardins y compris potagers. Les eaux grises de cuisine en sont exclues et relèvent d'un régime à part, plus contraignant, nécessitant une autorisation préfectorale. Mais la loi ne s'applique en réalité qu'aux réseaux d'eau domestiques, dans lesquels les eaux grises sont susceptibles d'être réutilisées via un circuit parallèle fermé et isolé. En ce qui concerne l'épandage manuel au pied des plantes, il y a un vide juridique sidéral.

Un principe de précaution

Ce qui taraude et meut le législateur, ce sont les risques environnementaux et sanitaires, aussi ténus soient-ils. Les résidus alimentaires ne sont pas un sujet car ils constituent un compostage de surface rapidement digéré, dont le seul inconvénient est d'attirer éventuellement les rongeurs. En revanche, les graisses de vaisselle, en refroidissant, peuvent former un film hydrophobe colmatant les pores du sol. Et l'eau de vaisselle qui côtoie viande crue, œufs et légumes non lavés, est potentiellement porteuse de bactéries de salmonelle ou d'E. coli. Mais le risque est très faible et on le réduit drastiquement en recyclant l'eau immédiatement, sans la laisser stagner plusieurs heures au fond d'un récipient.

100 % ou rien !

Le choix du recyclage relève donc entièrement de la responsabilité de chacun. D'autant que la loi reste étonnamment muette sur ce qui peut apparaître comme le plus important : la nature des produits utilisés pour le lavage. Il va sans dire qu'en pareil cas, il ne faut utiliser dans la maison que des produits naturels et 100 % biodégradables : le vrai savon de Marseille ou le savon noir. À l'inverse, il faut être intransigeant avec les mentions « biodégradable à 95 % » sur les étiquettes des produits vaisselle. Car les 5 % restants sont des conservateurs et parfums de synthèse ou des agents séquestrants (EDTA), des produits polluants à ne pas épandre au sol.

La ligne de partage des eaux

Si les savons noirs ou de Marseille écartent les risques de pollution, ils n'écartent pas les risques bactériologiques. Utilisez l'eau de douche aux massifs comme au potager, mais réservez celle de la vaisselle aux seules plantes ornementales.

Benoit Charbonneau
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