Transplanter sans cerner, c'est ajouter au malheur de l'arbre - Minizap Chambery
Jardin

Transplanter sans cerner, c'est ajouter au malheur de l'arbre

La transplantation d'un arbre d'un endroit à un autre est l'une des opérations les plus délicates qui soient au jardin. Il faut pour la réussir en passer par une autre, préliminaire : le cernage. Ou comment faire en sorte, plusieurs mois avant le premier coup de pelle, de donner au futur migrant les moyens de sa survie en terre inconnue.

Remédier, par le traumatisme d'une amputation, à une grave erreur de plantation : voilà ce qu'est la transplantation d'un arbre. C'est l'aveu d'échec du jardinier, rarement celui de l'arbre. Car en dehors du Grand Chêne de Brassens, qu'on vit, à grand-peine, sortir ses grands pieds de son trou, et partir sans se retourner ni peu ni prou, rares sont les arbres à s'autotransplanter.

Autant en emporte la souche

Toute transplantation nécessite de couper les racines au plus près du tronc afin de faciliter l'arrachage, la manutention, le transport et la replantation. Mais il faut toujours au minimum emporter avec l'arbre une motte, ou à défaut une souche, d'une largeur équivalant à dix fois le diamètre de son tronc à un mètre de hauteur. Ce que dit en creux cette petite règle d'or, c'est qu'à moins de bénéficier de moyens hors normes (pelleteuse, grue, camion…), il est illusoire d'envisager de transplanter vous-même un arbre dont le diamètre du tronc serait supérieur à dix centimètres. Cela impliquerait en effet d'emporter un bloc d'un mètre de diamètre autour du tronc, autant dire un âne mort !

L'embourgeoisement racinaire

Il est communément admis qu'il y a dans le sol autant de volume de racines qu'il y a de ramures dans les branches, et que celui-ci s'étend au-delà de l'aplomb du feuillage. C'est d'ailleurs là, dans leurs parties extrêmes, que les racines concentrent le chevelu racinaire qui va seul explorer le sol à la recherche des nutriments et de l'eau. Avec le temps, et à mesure qu'elles grossissent, les racines proches du tronc ne sont plus que des passeuses de sève et non des besogneuses. C'est la raison pour laquelle on peut dire qu'arracher un arbre sans cernage préalable revient à lui laisser une bande de propres-à-rien, incapables de l'abreuver et de le nourrir après la replantation.

En garder sous le pied

Le cernage consiste justement à contourner ce problème, en tranchant ces grosses racines plusieurs mois avant l'arrachage, afin de les forcer à émettre un nouveau chevelu à l'intérieur du volume de souche qui sera déplacé. Le reste des racines laissées en place permet de soutenir cette renaissance forcée et très énergivore. Ce n'est qu'une fois que ces racines sont apparues que l'arbre sera apte, en théorie, à exploiter de nouveau le sol. On intervient durant la période de repos végétatif : on cerne en octobre pour déplacer l'arbre en mars ou, pour les gros sujets bien installés, à l'octobre suivant.

Le cercle des racines disparues

Ouvrez tout autour de l'arbre une tranchée d'une trentaine de centimètres de large sur la profondeur d'un fer de bêche, en tranchant net les racines avec une lame affûtée. Remblayez avec du sable ou, à défaut, du terreau ou du compost : la tranchée doit rester meuble, pour faciliter le creusement et se signaler le jour venu. C'est dans cette tranchée que les nouvelles racines vont apparaître ; il faudra donc creuser au-delà le jour de la transplantation. Sur un sujet fragile, étalez l'opération, un tiers de la circonférence par mois, par portions opposées. Dans tous les cas, arrosez régulièrement la tranchée et haubanez l'arbre, car son ancrage est désormais fragilisé.

Indispensable cernage

Au moment de l'arrachage proprement dit, on doit couper la racine pivot, celle qui plonge verticalement dans le sol, ainsi que toutes les racines périphériques enfoncées à plus de trente centimètres. Autant dire qu'on retire à l'arbre une bonne partie de son gagne-pain.

Benoit Charbonneau
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