Un iPhone à plus de 3 000 €, mais aussi des téléphones d'entrée de gamme 25 % plus chers que leurs prédécesseurs… Les dernières annonces d'Apple cachent une pénurie mondiale de mémoire, absorbée par les centres de données de l'intelligence artificielle, qui renchérit tous les smartphones.
La Keynote de rentrée d'Apple a fait sauter plusieurs seuils psychologiques : l'iPhone 18 Pro démarre à 1 479 €, le Pro Max à 1 629 € et sa version 2 To atteint 3 129 €, soit environ 150 € de plus que la génération précédente. Le premier iPhone pliable, l'iPhone Duo, attendu dans les prochaines semaines, est affiché à partir de 2 339 €. Y voir la seule gourmandise de Cupertino serait une erreur : la hausse touche toutes les marques, à commencer par les téléphones bon marché. Selon le cabinet IDC, les livraisons mondiales devraient reculer de 16,7 % cette année, à environ 1 milliard d'unités, « la plus forte contraction jamais enregistrée », tandis que le prix moyen bondit de 27,6 %, à 581 $.
La mémoire, nerf de la guerre
Le coupable ne se trouve pas dans les vitrines mais dans les centres de données. Pour faire tourner leurs modèles d'intelligence artificielle, les géants du cloud raflent les puces de mémoire vive (DRAM) et de stockage (NAND), les mêmes qui équipent les téléphones. Samsung, SK hynix et Micron réservent leurs usines aux mémoires des serveurs, bien plus rentables. Résultat, selon Counterpoint Research, le coût de la mémoire a été multiplié par 4 depuis la fin 2025. D'après TrendForce, le chiffre d'affaires de la DRAM a bondi de 59,5 % en un seul trimestre, à près de 155 milliards de dollars, et les contrats suivants devraient encore renchérir de 13 à 18 %. IDC résume : « Les consommateurs paient la facture de l'IA directement en rayon. »
L'entrée de gamme en première ligne
Les premiers touchés ne sont pas les acheteurs d'iPhone. Dans un téléphone d'entrée de gamme avec 6 Go de mémoire vive et 128 Go de stockage, la mémoire pèse désormais 43 % du coût de fabrication, calcule Counterpoint Research. Sur les 4 000 modèles suivis par le cabinet, les téléphones déjà en vente ont pris 15 % depuis le début de l'année tandis que les nouveautés sont 25 % plus chères que leurs prédécesseurs. L'Europe s'en tire avec 7 % de hausse, contre 21 % en Inde. IDC estime que les 173 millions de téléphones vendus moins de 100 $ l'an dernier sont menacés de disparition. Amazon a d'ailleurs relevé cet été les prix de ses Echo, Kindle et Fire TV, l'Echo Dot passant de 49,99 à 79,99 $, au nom du coût de la mémoire.
Garder, réparer, reconditionner
Pour l'acheteur, la réponse la plus rentable tient en un mot : attendre. Un téléphone de 3 ou 4 ans reste utilisable, d'autant que Google et Samsung promettent 7 ans de mises à jour sur leurs modèles récents, tandis que le règlement européen d'écoconception impose 5 ans de mises à jour après l'arrêt de la commercialisation, ainsi que des pièces détachées pendant 7 ans. Le reconditionné progresse : selon le baromètre Recommerce/Kantar, plus d'1 smartphone sur 5 en circulation en France est de seconde main. Autre levier, le stockage : entre 256 Go et 1 To, l'écart atteint 750 € sur un iPhone 18 Pro, quand un abonnement cloud coûte quelques euros par mois. Le paiement en plusieurs fois ne change rien au prix final.
Une pénurie installée jusqu'en 2027
Le répit n'est pas pour demain. IDC s'attend à ce que les prix moyens grimpent encore une bonne partie de l'année prochaine et Counterpoint Research juge que la pénurie de composants persistera dans les prochains trimestres. TrendForce observe déjà que les fabricants de téléphones se rabattent sur des puces de plus petite capacité : à prix égal, les fiches techniques vont reculer. Pendant ce temps, le haut de gamme prospère : IDC prévoit 27 millions de téléphones pliables l'an prochain, 40 % environ pour Apple, dont la part dans les ventes mondiales atteint un record de 23,6 %. Le marché se scinde en deux, un objet de luxe pour ceux qui peuvent suivre, un appareil que l'on garde le plus longtemps possible pour les autres.


