Né en 1992, le réseau mobile de deuxième génération disparaît de France métropolitaine d'ici la fin de l'année. Vieux téléphones à touches, alarmes, téléassistances et ascenseurs sont concernés. Voici ce qu'il faut vérifier avant que les antennes ne se taisent.
Trente-quatre ans après ses débuts, le réseau GSM, alias 2G, vit ses dernières semaines. Orange a ouvert le bal dans le Sud-Ouest, côte basque en mars, Landes et Pyrénées-Atlantiques en mai, 7 autres départements en juin, avant de couper le reste de la métropole en 3 vagues, entre le 22 septembre et le 20 octobre 2026. Free Mobile, qui n'a jamais eu de réseau 2G en propre et s'appuie sur celui d'Orange, suit le même calendrier. SFR débranche à partir du 15 novembre, Bouygues Telecom le même jour à Brest et à Nancy, puis partout entre le 1er et le 15 décembre. Avant Noël, plus aucune antenne 2G n'émettra en métropole, hormis quelques zones blanches épargnées jusqu'à la mi-décembre. La 3G suivra : 2028 chez Orange et SFR, fin 2029 chez Bouygues Telecom.
Des millions de SIM concernées
Le sujet dépasse les nostalgiques du téléphone à clapet. Selon l'observatoire de l'Arcep, 2,13 millions de cartes SIM étaient encore logées à la fin mars dans des téléphones limités à la 2G ou à la 3G, dont 1,22 million dans des appareils bloqués en 2G. S'y ajoutent 2,4 millions de cartes SIM insérées dans des machines : alarmes, télésurveillance, médaillons de téléassistance, interphones, chauffage piloté à distance, télérelève des compteurs, sans oublier l'appel d'urgence eCall des voitures d'avant 2020. Le cas des ascenseurs inquiète le plus : la Fédération des ascenseurs compte 290 000 cabines, sur 650 000, dont la téléalarme passe encore par la 2G ou la 3G. Un décret publié au printemps impose leur mise à niveau, 800 à 1 500 euros par appareil.
Vérifier avant de changer
Un coup d'œil à l'icône réseau suffit souvent : « 2G », « E », « EDGE » ou « GSM » signalent un téléphone en danger, « 4G », « LTE » ou « 5G » rassurent. Un détour par les réglages permet de forcer le mode 4G/5G automatique. Les smartphones vendus depuis 2018 gèrent presque tous les appels en 4G, la fameuse VoLTE, parfois activée par une simple mise à jour. Un mobile 4G sans VoLTE gardera internet mais fera passer ses appels par la 3G, un sursis jusqu'en 2028. Sinon, il faut changer d'appareil, en gardant numéro et forfait, ou parfois seulement de carte SIM. Des téléphones à touches 4G existent chez Nokia ou Doro pour quelques dizaines d'euros. Pour une alarme ou une téléassistance, c'est au prestataire d'intervenir ; pour un ascenseur, au syndic ou au bailleur.
Pourquoi couper le courant
Les bandes 900 et 1 800 MHz occupées par la 2G valent de l'or une fois réattribuées à la 4G et à la 5G, dont elles améliorent la portée en intérieur. Les vieux réseaux ne transportent plus qu'une part infime du trafic mais, d'après la Fédération française des télécoms, engloutissent encore de 21 à 33 % de l'électricité des réseaux mobiles. Leurs équipements ne sont plus fabriqués et leur chiffrement d'un autre âge attire les fausses antennes qui interceptent les appels. La couverture n'en souffrira pas : 99,8 % des sites 2G et 3G émettent déjà en 4G, qui atteint 99,9 % de la population. La France arrive d'ailleurs tard : les États-Unis, le Japon, l'Australie, la Suisse et la Norvège ont déjà éteint la 2G, l'Allemagne attend 2028 et le Royaume-Uni 2029.
34s ans de SMS
La 2G avait débarqué en France en 1992 sous la bannière d'Itineris, la marque de France Télécom, suivie par SFR, puis par Bouygues Telecom en 1996. Norme européenne, le GSM a fait du téléphone portable un objet de poche, quand le Radiocom 2000 d'avant pesait plusieurs kilos dans une voiture. Il a surtout inventé le SMS et ses 160 caractères, gadget d'ingénieurs devenus la langue d'une génération. Le Nokia 3310, sorti en 2000 et vendu à 126 millions d'exemplaires, reste son icône, avec son jeu Snake et sa batterie d'une semaine. La 3G est arrivée en 2004, la 4G en 2013, la 5G en 2020, mais chacune s'est appuyée sur la 2G comme filet de sécurité là où rien d'autre ne captait. C'est ce filet, tissé en 1992, qui disparaît cet automne.


