Ouverte à tous les assurés depuis près d'un an, l'appli carte Vitale compte 3,5 millions d'utilisateurs et 9 pharmacies sur 10 savent la lire. Activation, passage au comptoir, fraude, vie privée et limites, on fait le point sur la carte verte version smartphone.
Un Français sur quatre a déjà cherché en vain sa carte Vitale au moment d'en avoir besoin, selon une enquête Ipsos-bva pour l'Assurance maladie, qui compte aussi près d'un million de cartes déclarées perdues ou volées chaque année au seul régime général. La réponse à tous ces problèmes tiendrait dans la poche : l'appli carte Vitale, éditée par le GIE SESAM-Vitale pour l'Assurance maladie, est ouverte à tous les assurés depuis près d'un an, quel que soit leur régime. Le bilan dressé à la rentrée fait état de plus de 3,5 millions d'activations et de 200 000 nouveaux utilisateurs par mois, et 7 Français sur 10 se disent prêts à la télécharger. Gratuite, l'application prolonge la carte physique sans la remplacer.
Activée en dix minutes
L'appli s'adresse aux assurés dès 16 ans. Deux parcours existent. Les majeurs titulaires de la carte d'identité au format carte bancaire passent par France Identité, qui certifie leur profil sans vidéo. Les autres suivent le parcours vidéo de l'application : numéro de Sécurité sociale, compte ameli avec adresse mail, puis vidéo de la pièce d'identité et du visage, vérifié par un opérateur humain. Carte d'identité française ou de cinq pays voisins, passeport français et titre de séjour sont acceptés. Les 16-17 ans rattachés à leurs parents reçoivent un code sur la messagerie du parent. Une carte par téléphone et un seul téléphone par carte ; chaque ouverture exige un mot de passe ou l'empreinte digitale.
Au comptoir, un QR code
Chez le pharmacien ou le médecin, il suffit de déverrouiller l'appli et de présenter le QR code affiché, lu par une douchette ou une caméra, ou de poser le téléphone sur un lecteur sans contact. Le professionnel interroge en direct les droits de l'assuré : plus de borne de mise à jour, moins de feuilles de soins rejetées. La pharmacie est le terrain conquis : 90 % des officines l'utilisent, près d'un million de facturations ont été réalisées par ce biais et plus de 1 000 officines ont tenu une journée d'initiation. Les cabinets suivent plus lentement : un quart des généralistes seulement l'avaient utilisée fin 2025, selon l'Assurance maladie, qui finance le lecteur et verse 140 euros par an dès la première facture.
Fraude et vie privée
L'argument de la fraude mérite nuance. L'Assurance maladie a détecté 723 millions d'euros de fraudes en 2025, mais les trois quarts des montants proviennent de professionnels et de centres de santé, les assurés pesant 16 %. Un rapport de l'IGAS et de l'IGF juge résiduelle la fraude à l'identité, le stock de cartes surnuméraires ayant été ramené de 2,35 millions à un millier. L'appli apporte surtout une révocation immédiate et des droits vérifiés en direct. Elle ne stocke qu'identité, numéro de Sécurité sociale et organisme de rattachement, aucune donnée médicale. La CNIL a obtenu que la reconnaissance faciale serve uniquement à l'activation, jamais lors des soins, et que chaque assuré puisse demander l'aide de sa caisse pour l'installation.
La carte verte partie pour rester
Les limites existent. Tous les professionnels ne sont pas équipés, l'usage à l'hôpital se déploie progressivement, un téléphone déchargé ou trop ancien bloque tout, et une partie des assurés n'a pas de smartphone. L'Assurance maladie recommande donc de garder la carte physique sur soi. L'intégration de la complémentaire santé, annoncée comme prochaine, permettra un tiers payant complet sans carte de mutuelle. Un référentiel de l'Agence du numérique en santé fait de l'appli un moyen d'authentification pour Mon espace santé ou la téléconsultation, avec une mise en service envisagée en fin d'année. France Identité et l'appli carte Vitale restent deux applications distinctes, portées par France Titres et le GIE SESAM-Vitale.


