Un robot qui célèbre un but à la mi-temps d'un match du Mondial, un autre qui verse du thé sans trembler : les humanoïdes enchaînent les démonstrations spectaculaires. Derrière la mise en scène, toute une industrie se structure, pour passer des laboratoires aux usines et, bientôt, intégrer les foyers.
L'image a fait le tour de la planète : lors de la dernière Coupe du monde, à la mi-temps du huitième de finale entre le Brésil et la Norvège, un robot a imité les célébrations de plusieurs stars du ballon rond avant de remettre le ballon à l'arbitre. La scène illustre une bascule qui est en cours et un phénomène qui s'accélère : les humanoïdes quittent les vidéos de démonstration pour s'exposer en direct, devant un public. Ce robot s'appelle Atlas, conçu par Boston Dynamics pour le compte de Hyundai, présenté comme partenaire robotique officiel de la compétition. Sa version de série, dévoilée en début d'année, y a fait sa première démonstration publique de mouvement grandeur nature. Pendant ce temps, des robots quadrupèdes Spot patrouillaient en périphérie d'au moins deux stades, chargés d'une surveillance assistée par vision artificielle. Un coup de communication assumé, mais aussi une vitrine industrielle : Hyundai vient de racheter à SoftBank les parts qu'il ne détenait pas encore dans Boston Dynamics, pour environ trois cents millions de dollars, et devient ainsi seul propriétaire de l'entreprise.
L'ère des robots
L'ambition dépasse largement le terrain de football. Hyundai vise une production de trente mille unités d'Atlas par an d'ici deux ans, destinées d'abord à l'usine automobile du groupe en Géorgie, pour des tâches de séquençage et d'assemblage. Le robot, longtemps cantonné aux vidéos virales de parkour et de saltos, se prépare donc à une existence plus routinière, sur des chaînes de montage plutôt que sur des estrades. Les usines, où les gestes répétitifs restent nombreux et l'environnement plus prévisible qu'un salon ou une cuisine, offrent un terrain d'apprentissage plus simple à maîtriser avant d'envisager une diffusion dans les foyers.
Main dans la main
Le véritable verrou technique de ces machines ne se situe pourtant pas dans les jambes, mais dans les mains. La start-up 1X Technologies vient de présenter celles de son robot domestique NEO : vingt-cinq degrés de liberté, une précision de deux dixièmes de millimètre et une force de préhension pouvant atteindre quarante-cinq newtons, le tout recouvert d'une peau tactile capable de distinguer une pression directe d'un frottement. Les démonstrations montrent le robot assembler des briques, manier un tournevis, verser du thé ou saisir un verre à pied sans le briser, des gestes hors de portée des pinces à deux doigts qui équipent encore la plupart des humanoïdes.
Bientôt dans les foyers
Sur le segment domestique justement, le chinois UBTech avance ses propres pions avec la gamme UWORLD U1, dont le modèle d'entrée démarre autour de 15 000 € et le haut de gamme dépasse cent cinquante mille dollars. Ces machines affichent quatre-vingt-huit degrés de liberté, une peau en silicone imitant l'apparence humaine et une intelligence artificielle censée exprimer des émotions, le tout épaulé d'une mémoire locale chiffrée. Plus de treize mille précommandes ont déjà été enregistrées, avec des premières livraisons annoncées à la rentrée. Un prix qui reste hors de portée du grand public, mais qui trace une trajectoire commerciale bien réelle, loin des simples prototypes de laboratoire.
Made in China
La Chine concentre aujourd'hui l'écrasante majorité des humanoïdes vendus dans le monde, portée par des acteurs comme Unitree, quand Tesla vient tout juste de lancer la production de son propre robot Optimus et que Figure AI teste le sien sur les chaînes d'un site automobile américain. Aucun de ces industriels ne vend encore de robot grand public en volume : la mise en scène du Mondial, comme les mains de NEO, appartient encore à la phase de démonstration. Mais les usines qui se construisent en coulisses suggèrent que cette phase touche à sa fin.


