Musique, un titre sur deux mis en ligne vient d'une IA - Minizap Chambery
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Musique, un titre sur deux mis en ligne vient d'une IA

Près d'un titre sur deux mis en ligne sur Deezer sort désormais d'un générateur d'IA. Peu écoutés, ces morceaux servent surtout à capter des redevances. Entre détection, étiquettes et accords avec les majors, le streaming s'organise, l'auditeur garde la main.

Chaque jour, près de 90 000 chansons entièrement fabriquées par une intelligence artificielle arrivent chez Deezer, soit plus de la moitié des mises en ligne lors des journées les plus chargées, contre 10 000 et un dixième du flux au début de l'année dernière. Son outil de détection a été distingué cette année par le magazine Time parmi les meilleures inventions. Le phénomène ne s'entend pas : dans une enquête Ipsos pour Deezer menée auprès de 9 000 personnes dans 8 pays, 97 % des participants ont été incapables de distinguer un morceau synthétique d'une création humaine. Le faux groupe The Velvet Sundown a dépassé le million d'auditeurs mensuels sur Spotify avant d'avouer sa nature, et un chanteur country virtuel, Breaking Rust, a dominé un classement de ventes aux États-Unis.

Une fraude à grande échelle

Ces titres pèsent peu dans les écoutes, entre 1 et 3 % des streams de Deezer, mais jusqu'à 85 % de ces écoutes se sont révélées frauduleuses l'an dernier : des robots lancent en boucle des morceaux créés en quelques secondes. Les abonnements alimentent une cagnotte commune répartie au prorata des écoutes ; chaque faux stream prend donc sa part à un artiste réel. Deezer exclut ces écoutes du calcul des redevances, retire les titres détectés des recommandations et des playlists, et a ainsi écarté plus de 42 millions de morceaux en un an et demi. L'enjeu dépasse la plateforme française : selon une étude de la CISAC et du cabinet PMP Strategy, près de 25 % des revenus des créateurs de musique pourraient disparaître d'ici 2028, soit 4 milliards d'euros par an.

Spotify change de camp

Longtemps discret, Spotify a changé de ligne au printemps. Une coche verte « Verified by Spotify » certifie désormais qu'un humain se cache derrière un profil, et un badge « AI Persona » signale depuis la rentrée les identités fabriquées, dont les titres sortent des recommandations tout en restant écoutables et payés. Surtout, la plateforme a signé avec Universal Music pour laisser ses abonnés Premium créer des remixes et des reprises par IA des artistes du label qui y consentent, contre un supplément dont le prix reste inconnu. L'interprète et l'auteur toucheront une part de chaque création. Le patron du service résume l'ambition : un morceau pourrait « devenir 10 000 chansons ».

Les majors font la paix

Les outils Suno et Udio, capables de générer un titre complet à partir d'une phrase, ont d'abord été attaqués en justice par les trois majors pour avoir appris sur des catalogues sans licence. Un an et demi plus tard, Universal et Warner ont conclu des accords avec Udio, Warner avec Suno, dont le dernier modèle s'entraîne sur des œuvres sous licence, tatoue ses productions et partage ses revenus. Universal et Sony poursuivent toutefois Suno. En France, la Sacem a activé son droit d'opposition : fouiller son répertoire exige son autorisation préalable. Le SNEP écarte des classements officiels les enregistrements sans intervention humaine substantielle, et le règlement européen sur l'IA impose depuis l'été de signaler tout contenu entièrement synthétique, musique comprise.

Ce que peut faire l'auditeur

Sur Deezer, les albums générés par IA portent déjà une mention, et un bouton annoncé pour la fin de l'année les effacera des résultats de recherche pour qui le souhaite. Un scanner gratuit du service mesure aussi la part de musique synthétique d'une bibliothèque Spotify, Apple Music ou YouTube Music. Sur Spotify, le badge AI Persona se consulte d'un clic, et le signalement des profils douteux par les abonnés arrive. Suivre des artistes vérifiés, préférer les playlists éditoriales et se méfier d'un groupe sans concert ni réseaux sociaux restent les réflexes les plus sûrs. Le public semble prêt : selon l'enquête Ipsos, 80 % réclament un étiquetage clair, 52 % refusent les titres synthétiques dans les classements et 45 % veulent pouvoir les filtrer.

City Presse
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© Dai Stanton / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)
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