La technologie 5G Broadcast ambitionne de diffuser gratuitement les chaînes de télévision sur les smartphones, sans connexion internet ni abonnement data. Testées lors des JO de Paris 2024, ces nouvelles ondes pourraient redéfinir la manière dont les Français consomment la télévision.
La télévision linéaire traverse une crise existentielle. Les audiences s'érodent, les jeunes générations se tournent massivement vers le streaming et les réseaux sociaux et le poste de télévision classique perd chaque année un peu plus de son emprise sur les foyers. C'est dans ce contexte que la 5G Broadcast fait son entrée en France, portée par TDF et ses partenaires. Le principe est aussi simple que prometteur : transposer le modèle de la TNT sur les smartphones, en diffusant les chaînes gratuitement, sans consommer le moindre mégaoctet de données mobiles.
Diffusion de masse
Sur le papier, la 5G Broadcast emprunte à la télévision hertzienne sa philosophie de diffusion de masse. Le signal est transporté sur la bande UHF, entre 470 et 700 MHz, en s'appuyant sur les infrastructures et les antennes déjà utilisées pour la TNT classique. Concrètement, un flux vidéo unique est émis depuis les émetteurs et peut être capté simultanément par tous les terminaux compatibles situés dans la zone de couverture. C'est l'exact inverse du streaming, où chaque spectateur génère sa propre connexion individuelle avec le serveur. La norme, standardisée par le 3GPP, l'organisme international qui régit les standards de télécommunications, est déjà prise en charge par la majorité des puces 5G présentes dans les smartphones récents.
Compatibilité native
Bonne nouvelle pour les consommateurs : la 5G Broadcast ne nécessite pas l'ajout d'une antenne dédiée dans les terminaux. D'après TDF, la compatibilité est native dans la plupart des puces 5G du marché, ce qui signifie que des millions de smartphones déjà en circulation pourraient théoriquement recevoir le signal. Plus surprenant encore, la réception fonctionne même sans carte SIM active. Le smartphone se comporte alors comme un simple récepteur, à la manière d'un transistor radio captant les ondes FM. Le signal capté est automatiquement converti en un format exploitable par le lecteur vidéo du système d'exploitation, permettant une intégration dans les applications des chaînes ou dans un agrégateur dédié.
Bataille de clochers
L'argument écologique et économique pèse lourd dans la balance. La vidéo représente déjà la majeure partie du trafic sur les réseaux mobiles et les pics d'audience lors d'événements sportifs ou culturels entraînent régulièrement des ralentissements, voire des coupures de service. Avec la 5G Broadcast, qu'il y ait mille ou un million de spectateurs, un seul flux est émis. L'équation change radicalement : les opérateurs désengorgent leurs réseaux cellulaires, les diffuseurs touchent un public élargi sans coûts supplémentaires et les utilisateurs accèdent à du contenu de qualité sans entamer leur enveloppe data. Sur le plan environnemental, TDF souligne que cette diffusion de masse consomme nettement moins de ressources qu'un streaming individuel multiplié par des millions de connexions simultanées.
Déploiement durant l'été
Si la technologie semble prometteuse, plusieurs questions restent en suspens. Le nombre de chaînes disponibles au lancement devrait rester limité, le temps que les diffuseurs adaptent leurs infrastructures et négocient les droits associés. Le modèle économique doit également se préciser : la gratuité d'accès implique un financement par la publicité ou par des subventions publiques, à l'image de la TNT actuelle. La 5G Broadcast devra aussi convaincre les constructeurs de smartphones d'activer systématiquement la fonctionnalité dans leurs appareils, ce qui n'est pas acquis. Malgré ces incertitudes, la dynamique est lancée. Le déploiement opérationnel débutera dès l'été prochain avec une vingtaine de sites couvrant environ 12 millions d'habitants, notamment dans le métro de Rennes, avant de monter en puissance pour atteindre plus de 320 sites et 40 millions de personnes couvertes d'ici fin 2028.


