Comment la musique façonne le cerveau - Minizap Chambery
Santé

Comment la musique façonne le cerveau

On dit qu'elle adoucit les mœurs : la musique est également une puissante évocatrice de souvenirs. À ce titre, peut-elle être utilisée comme un outil pour soutenir nos capacités de mémorisation ou prévenir l'apparition de troubles cognitifs ? Éléments de réponse...

Ce morceau qui nous ramène à l'été de nos 15 ans, cette comptine qu'on utilise comme un moyen mnémotechnique, ou encore cette (satanée) chanson qui nous reste en tête à en devenir chèvre… Musique et mémoire entretiennent des liens étroits à bien des égards. On se penche sur ce duo détonnant et les capacités stimulantes de la première sur la seconde.

Un langage universel

Les techniques d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) ont mis en évidence le fait que la musique active de nombreux circuits cérébraux, notamment ceux liés à la récompense, et donc aux émotions et au plaisir. Chez environ 80 % des adultes, ces émotions vont jusqu'à s'exprimer à travers des manifestations physiques (pleurs, chair de poule, etc.) : c'est le fameux « frisson musical ». De plus, en certains points, la musique peut être comparée à une langue maternelle, que l'on parle sans se souvenir de l'avoir apprise et sans forcément savoir la décoder : par exemple, on sait d'emblée relever si une note nous paraît fausse ou une mélodie dissonante, sans avoir suivi de cours de solfège. Elle active ainsi en grande partie les mêmes processus cognitifs que ceux mobilisés par l'apprentissage et la perception du langage, et l'on observe par ailleurs souvent une comorbidité entre trouble langagier et trouble musical. Enfin, l'écoute et la pratique de la musique impliquent différents types de mémoires, et notamment la mémoire épisodique, liée aux souvenirs d'événements personnels – un phénomène de réminiscence qui attendrait son apogée vers l'âge de 14 ans.

Un lien intime

Or, comme le soulignait en 2025 la chercheuse en neurosciences cognitives Barbara Tillmann au micro de France Culture, cette mémoire aussi dite autobiographique mobilise un large réseau neuronal et inclut des structures cérébrales qui résistent plus longtemps à la dégénérescence. « Même dans la maladie, les chansons familières permettent d'activer et stimuler la mémoire autobiographique. Elles ont donc un bénéfice pour le sentiment de soi et le sentiment d'identité qui sont atteints par les maladies neurodégénératives », ajoute la chercheuse. Par ailleurs, malgré leur déficit de mémoire et de mémorisation, les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer restent capables d'apprendre de nouvelles chansons, ce qui peut aussi favoriser le maintien d'activités sociales. Hervé Platel, neuropsychologue et professeur à l'université de Caen pionnier dans la recherche sur ce domaine, précise à ce sujet sur France Musique que si « la progression de la maladie est malheureusement inévitable, […]  la musicothérapie apporte un sentiment de bien-être et améliore leur qualité de vie, et cela est indiscutable. »

Le cas particulier des musiciens

Comme souligné par l'Observatoire B2V des mémoires, si plusieurs études révèlent que l'écoute de la musique a un impact positif sur la création de nouveaux neurones et le maintien des capacités cognitives, ce dernier est d'autant plus important lorsqu'on la pratique. Alors que l'apprentissage de la musique mobilise tous types de mémoire (immédiate, motrice, perceptive, etc.), la densité des neurones dans l'hippocampe s'avère en effet plus élevée chez les musiciens et augmente avec les années de pratique, comme le montrent les recherches d'Hervé Platel et de Mathilde Groussard, enseignante-chercheuse en psychologie à l'université de Caen. Interrogé par France musique en 2023, le chercheur en neurosciences Daniele Schön rappelle pour sa part que les musiciens ont généralement des facilités à apprendre de nouvelles langues.

Apprendre en musique

À l'inverse, la mise en musique simplifie aussi l'apprentissage d'une langue, en fonctionnant comme un repère mnésique : c'est la ritournelle de l'alphabet apprise en maternelle, l'air sur lequel certains lisent leurs leçons pour s'en souvenir… et sans doute la raison pour laquelle il est plus aisé de retenir des paroles d'une chanson qu'un texte en prose lambda.

Charlotte Arnaud
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