Face à l'utilisation croissante de l'intelligence artificielle par les avocats, le barreau de Paris a récemment lancé une vaste stratégie numérique incluant la création d'une charte et d'une Académie IA pour aider les juristes à prendre en main cet outil avec de bonnes pratiques.
Après l'essor des legaltechs, c'est au tour de l'intelligence artificielle de transformer les métiers des juristes. Alors que la révolution est en marche, le conseil de l'Ordre des avocats du barreau de Paris a innové en lançant au printemps une ambitieuse stratégie numérique baptisée « Vers un barreau souverain ». Au programme notamment, une Charte IA adoptée en juillet, ainsi qu'une Académie IA mise en place à la rentrée. Porteur du projet, le bâtonnier Louis Degos nous explique en quoi consistent ces dispositifs.
En quoi l'IA change-t-elle déjà la profession ?
C'est un outil bureautique et de secrétariat efficace dans le cadre de l'aide à la rédaction d'une lettre, d'une note de synthèse, etc. Mais c'est surtout une aide précieuse pour tout ce qui concerne les recherches juridiques et la documentation lorsqu'elle est intégrée à des bases juridiques et des données professionnelles. La technologie remplace forcément des savoirs : les jeunes avocats ne savent plus chercher comme je l'ai moi-même appris quand j'étais étudiant et qu'on utilisait de grandes tables papier de jurisprudences. Mais je ne crois pas au grand remplacement, plutôt à un déplacement des connaissances parce que l'IA fait ressortir un monceau de données qu'il faut savoir trier et analyser selon leur pertinence. Tout le monde pense que l'intelligence artificielle va faire économiser des services juridiques, mais je crois au contraire qu'il va y avoir une explosion de ces services parce qu'on aura besoin d'humains pour départager le vrai du faux et tout trier.
Notre défi est donc que personne ne soit laissé sur le bord du chemin : il faut accompagner ce déploiement au mieux. C'est pour cela que le barreau de Paris a été le premier au monde à avoir adopté une stratégie numérique avec une charte dédiée à l'intelligence artificielle.
Quels sont les grands axes de votre Charte IA ?
À l'heure actuelle, personne ne peut contrôler parfaitement ce que fait et connaît la machine. Imaginez que je vous défende contre votre banque et que j'ai besoin de compiler 3 ans de relevés bancaires : si je les fournis tels quels à l'IA, cela revient à rendre public le détail de toutes vos opérations, avec votre nom et vos coordonnées. Or, notre premier impératif c'est la confidentialité de nos clients. C'est pourquoi la Charte prévoit notamment d'utiliser au préalable un logiciel permettant d'anonymiser toutes les informations qu'on transmet à l'intelligence artificielle. On pourrait aussi citer les enjeux de cybersécurité ou encore une meilleure utilisation de la base professionnelle numérisée par l'ordre de Paris depuis 30 ans.
Parlez-nous de cette Académie IA...
Il s'agit d'organiser des conférences et des cours pratiques gratuits destinés aux avocats de Paris pour apprendre à se servir, et comment s'en servir, de l'intelligence artificielle, tout en restant conforme à notre déontologie professionnelle. On a dévoilé le programme fin septembre. Il s'agira de proposer une journée de formation pour comprendre les fondamentaux de l'IA et leurs implications déontologiques, choisir des principaux outils et legaltechs disponibles grâce à un panorama indépendant et enfin pratiquer à travers un atelier de 3 heures consacré à la création d'agents IA et à des cas d'usage directement applicables au cabinet.


