Si cette année vous avez succombé aux charmes indiscrets de l'hibiscus des marais et planté l'un d'eux dans votre jardin, après cet été caniculaire, il y a deux options : soit il est mort ou moribond, soit c'est vous qui le serez bientôt en découvrant le montant de votre facture d'eau. Car comme son nom l'indique, cette plante a besoin d'eau… beaucoup d'eau.
Comme chacun sait, l'hibiscus des marais est une plante hélophyte, un potomane notoire souffrant d'anadipsie chronique. En d'autres termes, c'est un boit-sans-soif, un sac à vin, dont les besoins en arrosage ne sont pas compatibles avec les restrictions d'eau.
Un hibiscus peu frileux
Originaire des zones humides d'Amérique du Nord, l'hibiscus des marais (Hibiscus moscheutos) est un proche parent du célèbre hibiscus de Chine (H. rosa-sinensis). Leurs fleurs et leurs feuilles se ressemblent d'ailleurs comme deux gouttes d'eau, à ceci près que les fleurs du premier, gigantesques, peuvent atteindre près de vingt centimètres de diamètre. Rouges, blanches, roses ou rosées, éphémères mais se succédant sans discontinuer, elles offrent une floraison spectaculaire et constante de juillet jusqu'aux premières gelées. À l'inverse de son cousin chinois, sa souche est rustique jusqu'à -15 °C. Si ses parties aériennes meurent avec le gel, elles repartent au printemps et, au fil des années, prennent une ampleur qui peut les propulser à plus de deux mètres de hauteur en fin de saison.
Tu me fais bien « marais »
Si l'hiver n'est donc pas une saison critique, en revanche l'été l'est bien davantage. Car la plante est, comme son nom l'indique, hélophyte, c'est-à-dire inféodée, à l'état naturel, aux zones marécageuses. Sa vigueur, sa santé et sa floraison dépendent directement de l'humidité du sol qui doit être gorgé d'eau en permanence. Bien sûr, au fil des sélections horticoles, les obtenteurs ont créé des cultivars aptes à pousser autrement que les racines dans l'eau. Mais l'hibiscus des marais demeure l'une des plantes du jardin qui nécessite le plus d'arrosage.
Des exigences d'hippopotame
Les étés caniculaires que nous venons de vivre constituent un véritable défi d'arrosage pour tous les jardiniers qui n'ont eu d'autre choix que de l'installer ailleurs que dans une zone humide du jardin : berge de bassin naturel, drain de fosse septique… En outre, la floraison étant corrélée à la richesse d'un sol fortement humifère, il n'est donc pas facile de pourvoir aux besoins vitaux d'un tel végétal, même avec un épais paillage organique qui permet pourtant de limiter l'évaporation de l'eau d'arrosage et de favoriser l'humification progressive du sol.
Est-ce bien raisonnable ?
L'hibiscus des marais est une vivace dont les tiges aériennes meurent en hiver. Mais au moment où vous lisez ces lignes, ce n'est pas d'actualité, et s'il a déjà perdu toutes ses feuilles, c'est qu'il est moribond ou mort à cause du manque d'eau. Vous pouvez le savoir en grattant l'écorce pour distinguer les tiges mortes des vivantes, couper les premières et rabattre les deuxièmes. Mais soyons réalistes : la dormance naturelle arrive bientôt et la croissance va très vite se freiner d'elle-même. N'espérez donc pas de fleurs cet automne. D'où cette question : une plante aussi dépendante à l'humidité a-t-elle sa place dans nos jardins à l'heure de la raréfaction des ressources en eau ?


