Une association de fleurs réussie ne passe pas forcément par le mariage heureux de deux couleurs. Une approche plus subtile consiste à mettre en synergie des plantes dont la couleur des fleurs est identique. C'est alors par la forme des fleurs ou des feuilles, par leur silhouette, que s'opère l'harmonie. À ce petit jeu-là, genêt et phlomis s'entendent comme larrons en foire.
Petite lapalissade liminaire : pour pouvoir associer deux fleurs dans le jardin, il faut d'abord et avant tout que leurs floraisons soient parfaitement concomitantes. Ce qui implique de la part du jardinier d'avoir quelques notions de phénologie ou, à défaut, d'être un tant soit peu observateur. Celui qui associe la jonquille et le muguet n'est assurément ni l'un, ni l'autre.
Un mariage en or massif
Le genêt d'Espagne (Spartium junceum) et la sauge de Jérusalem (Phlomis fruticosa) sont faits pour s'entendre. Non seulement la couleur de leurs fleurs, d'un jaune d'or intense et profond, est identique, mais de surcroît, ils fleurissent ensemble avec une ponctualité proverbiale, entre la fin du mois d'avril et le début du mois de mai.
Des différences qui rapprochent
Sur le papier, l'association de ces deux végétaux ressemble au mariage de la carpe et du lapin. Certes, la couleur des fleurs est identique, mais pour le reste… ils n'ont rien de semblable. Et c'est justement leurs différences qui font la force de leur union. Leurs points communs sont invisibles : ils n'ont tous deux aucun besoin. Ils se satisfont des sols les plus pauvres, supportent le manque d'eau et se passent d'entretien, si ce n'est, de temps en temps, une petite taille de propreté et de remise en forme.
Durs de la feuille
Le genêt d'Espagne joue la carte de la légèreté. Ses tiges sont fines, longues, vertes, sur lesquelles les feuilles sont réduites à de minuscules écailles caduques afin de réduire la surface d'exposition au soleil. Sa silhouette aérienne, dont la taille peut dépasser deux à trois mètres, ondule au moindre souffle. À l'inverse, le phlomis est un buisson massif, au port arrondi et compact, d'un mètre à un mètre cinquante de hauteur. Son feuillage large et épais, recouvert d'un duvet laineux gris-vert, est lui aussi conçu pour réfléchir la lumière et limiter l'évapotranspiration. Deux stratégies opposées pour un but identique : résister à la chaleur et à la sécheresse.
Un seul jaune pour deux formes de fleurs
Les fleurs du genêt, papilionacées comme sur la plupart des fabacées, petites mais puissamment parfumées, sont accrochées aux tiges. Celles du phlomis, plus imposantes, sont disposées en verticilles serrés et étagés autour des tiges dressées. Elles persistent longtemps après la floraison et se transforment en capsules sèches et brunes décoratives jusqu'en hiver.
Une association au long cours
Le phlomis trouve naturellement sa place au premier plan : il structure, ancre, crée la masse basse et masque les troncs du genêt qui souvent se dégarnissent. Le genêt d'Espagne, lui, déploie librement son exubérance altière en arrière-plan. La différence de gabarit produit une profondeur recherchée dans un massif : un premier plan texturé et argenté, un fond gracile et aérien. Lorsqu'au bout d'un mois, la floraison se termine, les silhouettes continuent de dialoguer, d'autant que le feuillage du phlomis est persistant.


