En semant chaque année des blettes à chaud dès la fin du mois de janvier, on peut espérer une récolte douze mois sur douze. La technique requiert un peu d'organisation afin que chaque génération de blette soit prête, en temps et en heure, à prendre le relais de la vénérable précédente.
La blette est une plante bisannuelle. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour un jardinier ça veut dire beaucoup. En effet, cette caractéristique lui permet de se transformer, si gauche soit-il, en magicien du vivant : obtenir des plates-bandes qui ne meurent jamais. Oui, vous avez bien lu : « qui ne meurent jamais » ! Enfin presque…
L'an I et l'an II
Le cycle végétatif de la blette s‘étale sur deux ans. Durant la première année, après le semis de printemps, elle produit du feuillage jusqu'aux premières gelées. Elle passe ensuite l'hiver au rythme ralenti, émettant tout de même quelques feuilles supplémentaires. Si la température descend en dessous de - 5 °C la partie aérienne meurt mais c'est pour mieux repartir de la souche dès le début du printemps. Elle reprend alors sa croissance avant de commencer à monter en graine au mois de mai et mourir de sa belle mort à la fin de l'été.
Petit passage à vide
Habituellement, on sème les blettes en pleine terre durant le mois d'avril. C'est la technique traditionnelle qui permet de cultiver le légume sans s'embêter, mais qui induit un trou de production entre avril et juin. En effet, lorsque les vieilles blettes montent en graines, la tige s'épaissit et s'étend afin de gagner en hauteur, ce qui rend les cardes dures et filandreuses. Le semis de janvier à chaud permet de combler ce vide en donnant des premières récoltes en mai.
Sur un fil, entre lumière et température
En pleine terre, les blettes ne germent qu'à partir du moment où la température du sol est supérieure à 10 °C. Les semis extérieurs ne sont donc raisonnablement possibles qu'en avril, voire début mai, d'autant plus que les germes sont très sensibles au gel. Les semis en intérieur chauffé permettent de protéger ces jeunes nouveau-nés, et de repiquer en mars des petits plants solides et résistants aux courtes gelées.
À vos marques !
Ainsi, le calendrier s'étale-t-il de façon suivante à chaque début d'année : semis à chaud en godet dans la maison, vers la fin du mois de janvier. Puis, lorsque les deux premières vraies feuilles apparaissent, placement des pots en serre froide, sous châssis, ou à défaut, directement à l'extérieur. Plus la température est élevée, plus la croissance est rapide et régulière. À ceci près qu'il faut que la durée d'éclairage, naturel ou artificiel, soit en adéquation, au risque que les plants, par manque de lumière, ne filent, s'étiolent et ne meurent. Or, en janvier, la durée des jours est courte. L'arbitrage est simple : à défaut de lampe U.V., un plant qui pousse lentement au froid sous bonne lumière vaut mieux qu'un plant qui file rapidement au chaud dans la pénombre.
Des infrastructures à la rescousse
À cet effet, la serre froide non chauffée offre un bon compromis, entre température et lumière, qui permet aux plants de s'endurcir progressivement. Au besoin, on y place un petit chauffage thermostatique qui se déclenche en cas de gel. Le châssis, froid ou chaud, fonctionne de la même manière avec moins de souplesse : il faut soulever le couvercle le jour, et le refermer la nuit. La plantation en pleine terre sans protection reste aléatoire avant la fin du mois de mars, même si un voile de forçage procure une sécurité supplémentaire. Le repiquage ne peut être considéré que définitif et sûr qu'à partir du mois d'avril.
Faute de serre
Si vous n'avez ni serre, ni châssis, placez vos godets à l'extérieur, exposés au sud, et dans un lieu protégé des vents dominants et exposé au plein soleil. Une petite prière ne sera pas de trop…


