Pour marquer ses pommes comme on se tatoue le biceps, rien de plus simple ! Il vous faut un pommier, des pommes, du papier, une paire de ciseaux, un pinceau, de la gélatine, un peu de dextérité et surtout, beaucoup de patience. Car c'est au début du mois de juillet que tout commence, avec l'ensachage, et c'est à l'automne seulement que tout se termine, par la récolte.
Quel point commun y a-t-il entre un plagiste et une pomme marquée ? La marque du bronzage. À moins, bien entendu que le plagiste ne soit aussi nudiste, ou que la pomme ne soit jaune.
La marque du temps qui passe
Le marquage des pommes est une technique ancestrale dont les premières traces écrites remontent au traité d'Ibn Al-Awwâm, un agronome arabo-andalou du XIIe siècle. La technique connaîtra ses heures de gloire à la cour de Louis XIV, qui, en toute modestie, émerveillait ses convives en leur offrant des fruits marqués à son effigie. Elle atteindra son apogée au XIXe siècle dans les célèbres vergers de Montreuil-sous-Bois, avant de tomber peu à peu en désuétude. Le marquage ne sera tiré de l'oubli qu'en 2001, à l'initiative de la Société d'Horticulture de Montreuil.
Une réaction épidermique !
Le principe repose sur un mécanisme biologique tout simple. L'épiderme des pommes à chair rouge se colore sous l'effet du rayonnement solaire, par synthèse des pigments d'anthocyanes. Là où la lumière est bloquée, la peau reste pâle, comme celle des fesses sous le maillot de bain. C'est ce différentiel que le marquage exploite : en apposant un pochoir sur le fruit, on empêche localement la coloration, ce qui révèle le motif en négatif au moment de la récolte. Évidemment, les variétés jaunes, qui ne rougissent jamais, marquent mal, voire pas du tout.
Sachez ensacher
La réussite du marquage repose sur une première étape cruciale : l'ensachage. De la mi-juin à la mi-juillet, après l'éclaircissage, sélectionnez les petits fruits les mieux exposés au soleil et enfermez-les individuellement dans un large sachet opaque en papier kraft qui n'entrave pas leur grossissement. Privée totalement de lumière pendant deux à trois mois, la peau va se décolorer et devenir hypersensible au rayonnement solaire : cette sensibilisation garantit un contraste maximal au moment du marquage. Sans cette étape préalable, le résultat est beaucoup moins spectaculaire. Vous avez ensuite tout l'été pour dessiner et découper tranquillement vos pochoirs : lettres, portrait, silhouette, logo, tout est possible.
Une image qui colle à la peau
Environ trente jours avant la récolte, au moment où les fruits qui n'ont pas été ensachés commencent à se colorer, déchirez les sachets sans les retirer. Ainsi, pendant deux à trois jours, les fruits se réadaptent à la lumière sans risquer le coup de soleil. Une fois les pommes libérées, badigeonnez-les avec de la gélatine en guise de colle. Appliquez alors fermement le petit pochoir que vous recouvrirez d'une seconde couche de colle afin qu'il adhère bien à la peau. Enfin, enlevez le surplus de colle avec une éponge humide, pour qu'il ne marque pas. Et puis… patientez.
Bronzage maximum !
Retirez le pochoir au moment de la récolte, après le lavage du fruit à l'eau tiède. Le motif apparaît, imprimé sur la peau, jaune sur fond rouge vif. Pour rehausser le contraste, les fruits sélectionnés pour l'ensachage doivent être les plus exposés au soleil afin de favoriser la coloration après le désensachage. C'est pourquoi il faut couper les quelques feuilles qui leur feraient de l'ombre, de sorte qu'ils profitent pleinement des UV.
Des pommes qui valent de l'or
Au Japon, les pommes marquées sont considérées comme de véritables œuvres d'art qui peuvent se vendre plusieurs centaines d'euros la pièce, ce qui fait cher le kilo !


