Jardin

Le phlomis fait monter d'un cran les plantes couvre-sol

L'une des stratégies les plus efficaces pour empêcher les mauvaises herbes de s'immiscer dans les massifs est d'y installer des arbrisseaux à feuillage persistant, dont la ramure dense empêchera toute résurgence d'herbes indésirables. À ce petit jeu-là, florifère, vigoureux et résistant, le phlomis a tout pour plaire… et ne fera du désherbage qu'un mauvais souvenir.

Le principe du couvre-sol est de tapisser la surface des massifs avec des végétaux à port rampant. Recouvertes par cette couverture dense, les graines des mauvaises herbes s'y déposent avec difficulté. Les rares qui y parviennent éprouvent de grandes difficultés à croître à cause de l'ombre qui règne au pied des plantes. Sur le papier, la technique est imparable, mais dans les faits, il est rare que quelques adventices ne parviennent pas à se développer tout de même. Elles en émergent alors de manière éparse, et surtout inesthétique, ce qui requiert de la part du jardinier un désherbage. Il est temps de monter en gamme.

Un cran au-dessus

Faisons fi des plantes couvre-sol, trop basses pour être pleinement efficaces, et tournons-nous vers les arbrisseaux. Si leur feuillage est dense et persistant, ils joueront le même rôle, tout en empêchant, par leur gabarit altier, de laisser émerger les herbes indésirables les plus hautes. Le but n'est pas, vaine illusion, d'empêcher totalement les adventices de se développer à leur pied, mais plutôt de faire en sorte qu'on ne les voie jamais émerger. Pour cela, il est capital d'utiliser des plantes à feuilles persistantes afin de limiter le dépôt des graines d'adventice durant l'hiver.

L'heureux élu

L'une des plantes les plus adaptées à cette utilisation est le Phlomis fruticosa, ou sauge de Jérusalem. Une plante résistante à la sécheresse et au froid (-12 °C) qui fleurit d'avril à mai en d'étonnantes fleurs jaunes. Son feuillage, duveteux et légèrement gaufré, oscille selon la chaleur ambiante entre le vert olive, le gris et le jaune anis sur sa face supérieure. Sur le revers, il est plus clair, ce qui le rend naturellement décoratif. Après la fanaison, les fleurs, en séchant, se transforment en capsules à la silhouette graphique que l'on peut choisir de laisser sur la plante tout l'hiver, ou de couper pour en faire d'originaux bouquets secs.

Le petit plus

L'intérêt supplémentaire du phlomis en tant que couvre-sol, c'est que ses feuilles riches en terpènes et autres composés chimiques allélopathiques ont des propriétés antigerminatives. Pas d'inquiétude donc lorsque, face aux chaleurs, la plante perd une partie de ses larges feuilles afin de les remplacer par une seconde génération plus petite et donc moins soumise à l'évapotranspiration (c'est là l'un de ses secrets pour supporter la chaleur et la sécheresse). En se décomposant sur le sol au pied de la plante, elles inhibent la germination de graines durant quelques semaines.

Densité de rigueur

La réussite de cette technique tient à la densité de la plantation au départ. Les phlomis doivent être plantés serrés, espacés d'une cinquantaine de centimètres en tous sens, afin que, parvenus à maturité, tous les feuillages se touchent. Dans les sols trop argileux, il conviendra d'ajouter au terreau de plantation 30 % de sable, ou mieux, de pouzzolane. On obtient en quelques années un bosquet gigantesque d'un mètre à un mètre cinquante de hauteur dont le seul entretien est une légère taille de rajeunissement tous les trois à quatre ans.

Un massif coloré

Le phlomis se décline en différentes espèces ou variétés, dont certaines se distinguent par leurs fleurs blanches ou roses. À partir de cette palette, on peut obtenir des massifs colorés fort jolis, la palme de l'élégance revenant sans conteste à l'association du blanc et du rose.

Benoit Charbonneau
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