Je souhaite pailler le sol de mon potager, mais on m'a parlé du risque de faim d'azote. Qu'est-ce que c'est ?
Lorsqu'un matériau riche en carbone, généralement brun, dur et sec, est déposé au sol, comme le broyat de bois, les feuilles mortes ou la paille, les micro-organismes chargés de le décomposer entrent en action. Cette activité bactérienne intense est gourmande en azote. Faute d'en trouver suffisamment dans le matériau lui-même, les microbes le prélèvent directement dans le sol, privant les plants de cet élément indispensable à leur croissance. Résultat : les feuilles jaunissent et la croissance stagne.
Une affaire de ratio
Tout est dans le rapport carbone/azote du matériau choisi. Les copeaux de bois frais affichent un ratio pouvant dépasser 500/1 : pour le sol, c'est littéralement explosif ! La paille tourne autour de 80/1. Le compost mûr, lui, descend à 15/1 : il paille sans affamer. Tontes de gazon séchées (15/1), foin (25/1), broyat de feuillus frais (évitez les feuillages coriaces type olivier ou chêne vert) sont autant de paillis nettement plus équilibrés. Autres règles cardinales : ne jamais enfouir un paillis carboné frais, afin qu'il se dégrade lentement par le dessous, sans piller brutalement de l'azote du sol. Et surtout, faites les épandages à l'automne plutôt qu'au printemps, de manière que le déséquilibre soit résorbé au moment des plantations de début de saison.
Les coupe-faim
Si le mal est fait et que vos plants tirent la langue, un apport azoté à libération rapide s'impose : purin d'ortie ou urine diluée, sang séché, ou simplement une bonne pellicule de compost ou de fumier composté en surface. La récupération est généralement rapide dès que l'azote redevient disponible. Autre option : ne rien faire. En effet, la faim d'azote se résout naturellement : une fois le paillis partiellement dégradé, en un à deux mois selon les conditions, les micro-organismes relâchent l'azote capturé et le sol retrouve sa fertilité. Mais deux mois, en début de saison, il faut avouer que c'est bien long…


