Petites assiettes à partager au restaurant, s'est-on fait arnaquer ? - Minizap Pays Voironnais
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Petites assiettes à partager au restaurant, s'est-on fait arnaquer ?

Vous connaissez le concept ? Alors que les restaurants sont de plus en plus nombreux à délaisser le traditionnel menu entrée-plat-dessert pour des assiettes lèche-doigts, le concept des assiettes à partager commence effectivement à devenir familier…

Misant sur la convivialité, l'aspect esthétique et le plaisir de goûter « un peu de tout », les petites assiettes à partager sont désormais monnaie courante sur les tables branchées. Au point peut-être de lasser les puristes du triptyque à la française, les gourmets au bon coup de fourchette… et ceux qui refusent d'y laisser leur porte-monnaie ?

Le reflet d'une époque

Née au début des années 2010, la tendance a pris de l'ampleur dans la France post-Covid. L'envie de se retrouver à travers des moments conviviaux est alors à son paroxysme : et quoi de mieux que de se réunir à table autour de bons petits plats à picorer tous ensemble ? Avec ces formats qui favorisent les échanges et les découvertes culinaires, les restaurateurs soignent aussi les présentations. Garnie de nombreuses assiettes, la table dégage une opulence propice aux mises en scène. C'est l'ère du restaurant « instagrammable » : malheur à qui oserait prendre une bouchée avant la séance photo !
« On est dans un monde d'hybridation entre tous les secteurs de l'art de vivre, et cette food collaborative rejoint d'une certaine façon les codes de la mode, avec cette esthétique forte, ces plats très léchés, colorés », détaillait en 2022 Candice Alvarez, consultante gastronomie du cabinet de tendances NellyRodi, auprès des Échos. La spécialiste souligne également un autre aspect de société : celui du « FOMO » ou « fear of missing out », à traduire par la peur de rater quelque chose… En l'occurrence, l'assiette qui semble toujours plus savoureuse chez le voisin.

Rester sur sa faim

Bémol : malgré la découverte de mets divers et variés (souvent entre 2 et 4 assiettes par personne conseillées), les clients ne repartent pas toujours rassasiés, ce qui semble tout de même être le but initial d'une sortie au restaurant ! Dans les colonnes de 20 minutes, David témoigne « toujours finir la soirée avec une boîte de nuggets », tandis que la journaliste Ivana Sokola signe un billet, relayé par Courrier international, sur sa condition de femme ayant bon appétit et pour qui les assiettes à partager « sont une vraie plaie ».
Il peut en effet être gênant de se servir suffisamment lorsque les autres convives ne font que grignoter, et d'autant plus frustrant de diviser l'addition que les portions rétrécissent sans que les prix, eux, ne semblent avoir baissé. C'est en tout cas ce qui ressort d'une enquête d'opinion menée en mai 2025 par Medallia pour Lightspeed : alors que 55 % des sondés avaient diminué leurs sorties au restaurant dans les 6 derniers mois, ils étaient 57 % à juger les plats plus chers et 27 % à estimer que les portions avaient réduit.

Un équilibre à trouver ?

Ce modèle fait toutefois sens à plusieurs égards pour les restaurateurs. Il faut d'abord souligner que les portions conviviales sont des incontournables de certaines cultures gastronomiques : mezze levantins, tapas ibériques, izakaya japonais… Dans la newsletter Entrée-plat-dessert du journaliste gastronomique Robin Panfili, le chef Anthony Salomon, du restaurant Le Dauphin, à Paris, confirme en outre que les petites assiettes offrent un format très intéressant à travailler : « C'est plus libre, plus fluide, plus direct, pour les cuisiniers. Et aussi plus simple d'un point de vue opérationnel pour envoyer des plats et fluidifier le service. » S'il justifie l'augmentation de l'addition moyenne par une hausse bien réelle des coûts pour les professionnels, le chef concède toutefois que le modèle tend à s'essouffler : « Certains ont abusé : sur les quantités, sur les prix, sur la promesse. Comme dans tous les métiers, il y a des dérives. Et forcément, ça entache la confiance des clients. »

Charlotte Arnaud
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