Dans la famille des cosmos, le cosmos chocolat est un drôle de zig, rustique et vivace, qui aime se faire remarquer, du bas jusqu'en haut : élevées vers le ciel, ses fleurs d'un rouge grenat solennel exhalent un surprenant parfum de cacao. Et sous terre ? Il a carrément chaussé des tubercules de dahlia !
Nous sommes en 2026 après Jésus-Christ. Tous les cosmos sont des fleurs annuelles qu'il faut ressemer chaque année… Tous ? Non ! Une espèce de cosmos soutenue par d'irréductibles tubercules résiste encore et toujours à l'hiver : le Cosmos atrosanguineus, dit cosmos chocolat.
Belles mais têtues
Les cosmos (C. bipinnatus et C. sulphureus) sont des classiques du jardin : des fleurs profuses à coloris varié selon les variétés, qui ont l'énorme avantage de fleurir en masse durant de longs mois, du début de l'été aux premières gelées. Mais elles ont aussi l'énorme inconvénient d'être des plantes annuelles, qui meurent au cours de l'automne et qu'il faut donc ressemer chaque année. Or, s'il est assez facile d'en récupérer les graines, les générations suivantes ont la fâcheuse tendance à revenir trop rapidement aux fondamentaux des couleurs botaniques d'origine, rose pour le premier et jaune pour le second. Pour avoir des coloris originaux, il faut donc racheter des graines de cultivar précis pour garder, d'une année sur l'autre, les couleurs que l'on chérit.
Chaud cacao !
Le Cosmos atrosanguineus cache une nature autrement plus stable. En effet, c'est une plante vivace à souche tubéreuse, qui offre avec une rigueur méthodique, en repoussant chaque année, des fleurs de couleur et de parfum toujours identiques, mais surtout originaux ! Si leur forme est caractéristique de l'espèce, le reste est plus étonnant. Elles sont veloutées, d'un ton lie-de-vin intense et profond, semblable à celles de l'asiminier, et exhalent un parfum de cacao et de vanille pour le moins inattendu.
Vrai revenant mais fausse rareté
Il existe plusieurs variétés de cette espèce pourtant longtemps restée rare et méconnue. Rapportée du Mexique en Angleterre au XIXᵉ siècle, elle fut réduite à un unique clone stérile au sortir de la Seconde Guerre mondiale, religieusement conservé aux jardins botaniques de Kew. De cette quasi-extinction naquit une légende tenace : la plante serait éteinte à l'état sauvage. En réalité il n'en est rien, car la plante fut « officiellement redécouverte » dans plusieurs États du Mexique en 2007. Il n'en reste pas moins que c'est de cet unique clone historique, multiplié par division ou bouturage, que l'on a obtenu tous les cultivars de l'espèce : « Chocolate », le cultivar originel, « Chocamocha » au parfum renforcé, « Eclipse » aux larges fleurs, « Black Magic » aux fleurs quasiment noires…
Rustique, mais sensible
Reste un point de vigilance et de discorde : la rusticité, qui n'est pas uniformément admise sur le papier. Au jardin, c'est pourtant clair ; la plante tolère le froid jusqu'à environ -5 °C. C'est plutôt faible, mais avec un paillage épais, elle peut passer l'hiver en terre dans de nombreuses régions. Ailleurs, il faut, comme pour le dahlia, arracher les tubercules et les hiverner au sec afin de les replanter au printemps. Mais le vrai danger n'est pas tant le froid que l'humidité stagnante du sol qui fait pourrir les tubercules durant l'hiver. À la plantation, un bon drainage est donc recommandé : mélangez le terreau avec 50 % de gravier ou de sable au moment de la mise en terre, et au milieu de ce substrat, posez la souche sur un lit de gravier pur de cinq centimètres d'épaisseur.
Divise-moi si tu veux, mais pas n'importe comment
Le cosmos chocolat, comme le dahlia, développe une racine tubéreuse fasciculée : les bourgeons ne se trouvent qu'au collet, à la jonction entre racine et tige. D'où l'importance, lors d'une division, de toujours conserver un fragment de collet viable.


