Buisson touffu encore trop méconnu, le trèfle en arbre détonne par sa floraison décalée, colorée, retombante et spectaculaire de fin d'été. Un fantaisiste pourtant facile à cultiver et prompt à égayer les rentrées les plus moroses.
Compagnon fidèle du jardinier parti en congé, le Lespedeza thunbergii, ou trèfle en arbre, est un arbrisseau qui a la délicatesse d'attendre la fin des vacances d'été pour commencer à fleurir. Cette attention touchante remet généralement du baume aux cœurs que le retour à la vie quotidienne est soudainement venu fendre. En effet, les cataractes de fleurs colorées qui pointent en grappe sur les tiges graciles de ce buisson pleureur remonteraient n'importe quel moral, même celui qui se serait perdu au fin fond d'une chaussette.
En haut, en bas
Le Lespedeza thunbergii est un large buisson au port arqué et retombant, aux faux airs de goji, occupant près d'un mètre cinquante de hauteur pour deux mètres de large. D'abord fièrement dressées en début de saison, ses longues tiges souples finissent par se courber vers le bas en fin d'été. Le feuillage caduc, léger et légèrement glauque, affine une silhouette qui se veut aérienne. Ses feuilles trifoliées rappellent, de loin, mais de loin seulement, celles du trèfle, d'où son nom vernaculaire de « trèfle en arbre ».
Des fleurs poids lourd
Le trèfle en arbre entame sa période de faste floral à partir de la fin de l'été. De longues grappes de fleurs pourpre violacé, parfois roses, s'égrènent alors le long des rameaux retombants, de la fin août jusqu'au début du mois d'octobre. Le poids de ces lourdes fleurs papilionacées, typique de la famille des fabacées dont il est un membre actif, fait ployer les tiges et transforme le buisson échevelé en cascade de fleurs verticales. D'où l'intérêt de le placer en haut d'un muret ou d'un talus, sur lequel il pourra laisser paresseusement pendre le bout de ses guirlandes de fleurs.
Faites comme la nature
Si la souche est parfaitement rustique jusqu'à -15 °C, la partie aérienne l'est beaucoup moins et il n'est pas rare qu'elle meure et disparaisse durant l'hiver. Mais pas de panique, le buisson n'en repartira que de plus belle au printemps suivant, sur de jeunes rameaux vigoureux. Et puisque les fleurs apparaissent sur le bois de l'année, cette disparition générale favorise l'abondance de la floraison. Il est donc recommandé d'effectuer une taille sévère à l'automne, ou plus tard si les branches survivent à l'hiver. À défaut, l'arbrisseau, en produisant du bois infertile, s'allonge et produit moins de fleurs. On peut toutefois tailler plus long, à quarante ou cinquante centimètres du sol, afin d'obtenir un port plus arbustif en formant des semblants de troncs. C'est également une manière d'augmenter un peu la hauteur de la plante.
Un as de trèfle
Le Lespedeza thunbergii s'installe en plein soleil impérativement, faute de quoi la floraison reste chiche. L'arrosage doit être suivi les deux premières années, mais une fois bien installé, il résiste bravement à la sécheresse. En bonne fabacée qui se respecte, il tolère les sols pauvres et secs, grâce à sa capacité à fixer l'azote, et ne nécessite donc aucun engrais. En outre il ne redoute ni les maladies ni les parasites. Dernier atout : ses fleurs mellifères régalent les derniers insectes butineurs actifs, à un moment où les ressources se font rares.


