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Epic Games contre Apple, champ de ruines

Scruté par tous les observateurs du numérique de la planète, le procès monumental opposant Epic Games, les créateurs de Fortnite mais aussi du moteur graphique Unreal Engine, à Apple vient de rendre son jugement. Aucun de ces deux géants n'en sort gagnant et les dommages sont colossaux dans les deux camps.

Tout a commencé par un coup de force. En août 2020, Epic Games, l'un des grands noms du jeu vidéo qui a amassé un beau trésor de guerre grâce à Fortnite – le jeu de tir et de survie aux 350 millions de joueurs – et à Unreal Engine – le principal outil de développement vidéoludique –, est parti soudainement au front contre Apple et Google. L'espace de quelques jours, Epic a permis, sans préavis, à ses utilisateurs de passer outre les plateformes App Store et Google Play pour effectuer des microtransactions dans Fortnite. L'objectif était de contourner ce qu'on appelle aujourd'hui la « taxe Apple », à savoir les commissions que prend la Pomme sur chaque achat réalisé sur son magasin d'applications.
La réponse du duo qui règne sans partage sur l'OS mobile ne s'est pas fait attendre : malgré son immense popularité, Fortnite a été banni de l'App Store et de Google Play. Epic lançait alors le premier coup d'une stratégie à plusieurs bandes. L'entreprise souhaitait, dans un second temps, porter l'affaire devant les tribunaux et casser les conditions d'utilisation d'Apple, tandis que Google avait mis entre-temps un peu d'eau dans son vin.
L'un des procès les plus importants de ces vingt dernières années pour le domaine de la high-tech s'ouvrait et c'est à la juge Yvonne Gonzalez Rogers qu'il a été confié la lourde tâche de trancher. En termes d'enjeu, Apple pouvait alors perdre une importante partie de ses revenus et, au-delà de la Pomme, c'est un pan conséquent du modèle économique de l'industrie qui pouvait s'écrouler.

Perdant...

La décision est tombée mi-septembre et ses implications réelles ne seront claires que dans quelques mois. Au premier abord, il semblait qu'Epic avait gagné. La magistrate américaine a en effet considéré qu'Apple était dans l'obligation d'offrir aux développeurs la possibilité technique et réglementaire d'avoir leur propre système de paiement dans leurs applications, sans être dépendants de l'App Store. Un coup dur, a priori pour la Pomme, qui ne peut plus obliger à passer par son service. Adieu, donc, les 30 % sur toutes les transactions.
Mais les attendus du procès ont réservé de nombreuses surprises. Tout d'abord, la juge Yvonne Gonzalez Rogers a confirmé que la firme de Cupertino n'était pas en situation de monopole et ne rentrait pas dans ce cadre très strict de la législation américaine. Apple peut donc continuer de décider qui a le droit ou non de se présenter sur son magasin d'applications. L'entreprise va perdre plusieurs milliards dans l'opération, mais ne voit pas son bel édifice s'écrouler. Ceci dit, la facture demeure tout de même salée puisque les revenus de l'App Store représentent la modique somme de 19 milliards de dollars par an.

... perdant

Epic, de son côté, a été un peu trop rapidement désigné comme le grand gagnant de ce bras de fer. Certes, l'éditeur a ouvert une brèche importante dans l'écosystème d'Apple avec cette nouvelle obligation d'autoriser les paiements indépendants. Les développeurs tiers peuvent lui tirer leur chapeau ! Mais les contreparties sont accablantes.
Tout d'abord, la juge a confirmé qu'Epic Games avait bel et bien rompu son contrat avec Apple en décidant unilatéralement d'outrepasser les conditions d'utilisation de l'App Store. De fait, la décision d'Apple de bannir Fortnite était, pour la magistrate, tout à fait justifiée. La firme de Cupertino est donc libre de réintégrer ou non le jeu dans son Store. Ce qu'elle a décidé de ne pas faire jusqu'à nouvel ordre : Fortnite sur iOS reste sous la coupe réglée d'Apple et ne devrait pas revenir avant de nombreuses années. Le jeu sur cette plateforme a tout de même rapporté 600 millions de dollars à ses créateurs en deux ans…
Le bras de fer n'est pas fini, puisqu'Epic a décidé de faire appel. Apple, de son côté, s'est dit satisfait de cette décision historique.

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