Sur les réseaux sociaux, publier devient un geste rare - Minizap Pays Voironnais
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Sur les réseaux sociaux, publier devient un geste rare

Les Français n'ont jamais été aussi nombreux sur les réseaux sociaux, mais jamais ils n'ont aussi peu publié. Douze heures de navigation hebdomadaire en moyenne, mais à peine un usager sur dix poste encore du contenu : la consommation passive devient la norme.

Ouvrir une application, faire défiler un fil pendant de longues minutes, la refermer sans n'avoir rien publié : ce geste, répété des millions de fois chaque jour, est devenu le principal usage des réseaux sociaux en France. Publié par l'Arcep, l'Autorité de régulation des communications électroniques, le baromètre annuel sur les usages numériques dresse un tableau sans ambiguïté : plus de 51 millions de Français se disent actifs sur les réseaux sociaux, soit plus des trois quarts de la population, un chiffre en progression constante depuis des années. Le nombre total d'internautes dépasse même 63 millions, soit plus de 95 % de la population, un taux qui plafonne désormais. Le temps passé sur les réseaux grimpe dans les mêmes proportions, avec une moyenne dépassant les douze heures hebdomadaires tous réseaux confondus. Sur le papier, l'engouement ne faiblit pas.

Facebook fait de la résistance

Le classement des plateformes révèle pourtant des usages très contrastés. Facebook reste le réseau le plus largement adopté, avec plus de sept Français actifs sur dix qui y possèdent un compte, suivi de WhatsApp autour de deux tiers et d'Instagram un peu au-dessus de la moitié. Mais c'est TikTok qui capte le plus de temps au quotidien, avec près d'une heure et demie par jour en moyenne, devant YouTube et Instagram, qui dépassent chacun l'heure. Les moins de 25 ans se concentrent sur TikTok, Instagram et Snapchat, tandis que Facebook et WhatsApp dominent largement après 35 ans, dessinant deux France numériques qui se croisent rarement.

Publier n'est pas jouer

Sous cette activité en apparence florissante se cache un basculement plus discret : à peine plus d'un usager sur dix cite encore la publication de contenu parmi ses usages, une part qui recule année après année. Garder le contact avec des proches arrive largement en tête des motivations, cité par plus d'un utilisateur sur deux, suivi par la simple envie de passer le temps et par la découverte de contenus, loin devant l'expression publique. Un basculement que confirment des études menées ailleurs en Europe : au Royaume-Uni, la part d'adultes publiant, partageant ou commentant activement est tombée à un peu moins de la moitié en un an, contre plus de six sur dix auparavant.

Tendance de fond

Plusieurs explications se recoupent. Les flux algorithmiques calibrés pour maximiser le temps d'écran, à l'image du fil personnalisé de TikTok, encouragent structurellement le visionnage plutôt que la contribution : un contenu consommé en boucle rapporte davantage qu'un commentaire isolé. S'y ajoute une crainte grandissante que d'anciennes publications ne finissent par nuire, professionnellement ou personnellement, à mesure que les contenus circulent et s'archivent indéfiniment, une inquiétude déjà majoritaire au Royaume-Uni. Le contenu lui-même s'est aussi professionnalisé, produit par des créateurs à plein temps, ce qui décourage un peu plus la publication amateur face à des formats toujours plus soignés.

Abondance de bien

Ce silence n'est pourtant pas un désintérêt. Le sentiment d'un trop-plein numérique gagne du terrain, tout comme les doutes sur les bénéfices réels de ces plateformes pour la santé mentale. Les chercheurs qui étudient ce phénomène de « lurking », ou l'observation sans participation, y voient malgré tout un choix assumé plutôt qu'un retrait : on continue de suivre, de rire, de s'informer, simplement sans laisser de trace. Une évolution qui interroge le mot même de réseau social, bâti sur l'échange, à l'heure où l'écrasante majorité de ses usagers se contente de regarder défiler celui des autres.

City Presse
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